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Grand angle: L’église et l’Etat, des éternels amis aux relations toxiques

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Les ecclésiastiques protestants congolais ont-ils rejoint les catholiques dans un bras de fer qui les oppose aux autorités politiques ? C’est la question qui mérite d’être posée après l’annonce hier par l’Eglise du Christ au Congo(ECC), qu’elle est « sans nouvelle de son pasteur François David Ekofo depuis le dimanche 04 février 2018 ». Ce dernier, rendu célèbre par son homélie très critique sur la gestion du pays du 16 janvier dernier, à l’occasion de la commémoration de l’assassinat de Laurent Désiré Kabila est devenu une sorte de Martin Luther congolais.


Ses piques diffusées en direct à la Radiotélévision nationale ont visiblement fait aussi mal que les propos de l’archevêque catholique de Kinshasa, le Cardinal Laurent Monsengwo qui est sans doute devenu la bête noire du régime de Joseph Kabila. Les deux hommes n’ont certes pas le même profil ni le même parcours mais ils sont apparemment motivés par le même souci: celui de l’amélioration de la situation socioéconomique de la population dont ils sont de guides spirituels. Prenant au sérieux les menaces qui pèseraient sur lui, l’ECC « prie les autorités de pouvoir ménager aucun effort pour informer l’Eglise de sa situation » et « recommande à tous les fidèles protestants de prier » pour lui et pour « la paix en RDC ».

Les disparités avec le pouvoir, nées de leurs propos sévères rejoignent d’autres conflits dans l’histoire des relations entre l’église et les dirigeants politiques non seulement en RDC mais aussi à travers le monde. Petit tour du monde des relations conflictuelles entre ces deux vieux copains qui ne s’entendent jamais mais refusent de divorcer.
Lorsque Desmond Tutu qualifiait les dirigeants de l’ANC de « Médiocres »

Le Prix Nobel de la paix 1984 fut ordonné pasteur en 1961 et nommé archevêque de l’Eglise anglicane du Cap en 1986. Desmond Tutu a été de tous les combats : lutte contre l’Apartheid, lutte abolitionniste et respect des droits de l’homme. A peine l’Apartheid enterré, il s’engage avec son ami Nelson Mandela contre la peine de mort d’abord dans leur pays et ensuite dans le monde, allant jusqu’à tutoyer la super puissance américaine. Le 25 juin 2000, deux jours après l’exécution à Hunstsville de Gary Graham dont la culpabilité n’a pas été prouvée, il avait demandé fermement aux Etats-Unis d’abolir la peine de mort. Il a présidé la commission « Vérité et Réconciliation », laquelle avait confronté les bourreaux et les victimes de l’Apartheid.

En 2013, Desmond Tutu avait dénoncé toute l’étendue de la pauvreté en Afrique du Sud. Prenant à témoin Nelson Mandela, il s’est exclamé : « S’il savait ce qui se passe, il en pleurerait. C’est totalement inacceptable ». Evoquant les dirigeants actuels de l’ANC(parti au pouvoir), il avait déclaré qu’ « il y a des gens bien, il y a des gens médiocres ».
En 2014, il avait déclaré qu’il ne voterait plus pour le parti au pouvoir et encouragé les Sud-Africains à ne pas voter « comme des moutons ».

Malula, « l’archevêque Caméléon »
C’est l’un des qualificatifs qui furent collés par la voix du Zaïre(RTNC) au Cardinal Albert Malula. Pour cause, lorsque le général Mobutu prend le pouvoir le 24 novembre 1965, celui qui n’était alors qu’un Monseigneur lui apporte son soutien en lui déclarant dans une homélie que « l’Eglise reconnaît votre autorité… et que vous pouvez compter sur nous… ». Mais leurs relations se détériorent rapidement, car le nouvel homme fort du pays installe la dictature et prône une nouvelle philosophie à travers le retour à l’authenticité.

Malula se montre très critique et signe une tribune choc dans l’hebdomadaire Afrique Chrétienne contrôlé par l’Episcopat. Il écrit entre autres que « Notre monde n’étant plus celui de nos ancêtres, leur conception de la vie ne saurait non plus être la nôtre …Ce n’est pas en ressuscitant une philosophie, que nos déroutes passées ont condamné, que nous gagnerons les batailles du monde moderne…».

Ce bras de fer le forcera de s’exiler à Rome en février 1972 et à la même période, le « Roi du Zaïre » demandera à Vatican de le limoger comme Cardinal tout en engageant des poursuites judiciaires contre lui.
Malgré son retour au pays et un semblant de réconciliation, les deux hommes ne sont jamais devenus amis.
En plus de « l’archevêque-caméléon », la voix du Zaïre le qualifiera de « Lâche », «Réactionnaire pathologique », « Vipère » ou encore d’«Illuminé ».

La « Black Church » pour les droits civiques des afro-américains
Une église de lutte et d’émancipation, la Black Church est issue de l’esclavage et de la ségrégation. Cette spécificité du protestantisme américain représente environ 6,5% de personnes dans le paysage religieux américain. Elle englobe trois principales grandes familles dénominationnelles que sont les baptistes, les pentecôtistes et les méthodistes.
La black Church est le reflet d’un pays divisé géographiquement, politiquement et socialement sur la question raciale. Au-delà d’une ligne doctrinale, la même église pouvait être plus sensible à la situation des noirs, selon qu’elle était plantée dans le Nord ou dans le Sud.

La lutte et l’émancipation spirituelle laissent progressivement place à une tradition religieuse où la spiritualité est mise au diapason d’une cause sociale. De ce fait, la Black Church tient lieu d’ascenseur social, un passage obligé des grands leaders. Barack Obama est passé par là. Les pasteurs de la Black Church ne sont pas seulement des figures religieuses, mais aussi des dirigeants engagés dans leurs communautés et qui ont leurs mots à dire. Les plus connus d’entre eux sont Martin Luther King pour son combat contre une Amérique qui a failli à l’égard des Noirs, Al Sharpton ou récemment, Jeremiah Wright, le pasteur de Barack Obama qui avait maudit l’Amérique en raison du traitement réservé aux Noirs.
Les religions s’activent pour la paix en RCA.

En République centrafricaine, les religions s’impliquent avec force dans la résolution de la crise qui a débuté en 2013. Les responsables des églises catholique, islamique et protestante jouent un rôle important en menant au pays et à l’étranger, le plaidoyer pour le rétablissement de la paix dans leur pays.
Ils organisent de temps en temps des activités œcuméniques au cours desquelles ils mobilisent contre les tensions communautaires.

Robert DJANYA

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