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Didier Dikolo:« La RDC, à 58 ans d’indépendance, demeure un gros bébé, au berceau»

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Le coordonnateur national du mouvement citoyen « Convergences Citoyennes pour la République et la Démocratie » (CCRD), Didier Dikolo Bin Dikolo soutient que cinquante-huit ans après l’ascension de la République démocratique du Congo à sa souveraineté nationale et internationale, aucun secteur de sa souveraineté n’a été capitalisé. Il estime qu’il faut agir vite pour que la date du 30 juin retrouve sa valeur. Il a fait un diagnostic de la situation politique, économique et social du pays et a  proposé des solutions dans une analyse que vous pouvez lire ci-dessous.

 

30 juin. Quel bilan?

Dans l’histoire de chaque peuple, il y a des moments fondateurs qui relient le peuple à son histoire et cimentent son identité. Le 30 juin 1960, le peuple congolais s’appropriait son destin par l’accession à la souveraineté nationale et internationale de leur pays. Il y a 58 ans!

Or, à 58 ans d’âge, un être humain normalement constitué est plus qu’adulte, mature, proche de la retraite. Le Congo, à 58 ans d’indépendance, demeure un gros bébé, au berceau.

Tous ceux qui ont eu le privilège de conduire le destin de ce grand peuple uni par le sort, se sont montrés inaptes à réaliser le pari de Patrice Emery Lumumba qui, de bonne foi, au nom de son gouvernement, toisait ainsi l’histoire en 1960: » nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique toute entière « .

Meme s’il a reussi préserver son bilan territorial hérité de la colonisation, le Congo peine à recouvrir l’estime de lui-même en tant que nation et à affirmer sa place permis les autres nations.

Dans la foulée de la commémoration de ce 30 juin, le bilan est cinglant. L’absence du sens de l’Etat, la pauvreté et l’accentuation des inégalités sociales, le règne de l’injustice et l’institutionnalisation de la corruption, la régression des libertés publiques, le dépeignent encore et toujours. Son système institutionnel est à la fois instable et très contesté. La crise de l’Etat et du leadership des institutions bloque l’expansion de la démocratie.

Le processus électoral tourne à la dérision et à la moquerie parce qu’un individu tient à conserver le pouvoir au-delà de la durée réglementaire maximale d’exercice de celui-ci. Le ralentissement de l’activité économique paralyse l’action de l’Etat. Les scandales à répétition de corruption n’emeuvent plus personne. C’est presque la règle de gestion.

Pendant ce temps, la population n’a pas accès à l’électricité, à l’eau potable et aux soins de santé de qualité. L’espérance de vie a été réduite de moitié. Le Congo décrit comme la gâchette de l’Afrique par Frantz Fanon, est devenu le ventre mou de l’Afrique au lieu d’en être là colonne vertébrale.

A l’évidence, quand on les interroge s’ils sont plus heureux qu’il y a 58 ans, les plus optimistes de congolais sont pris de doute et réduits à l’attente d’un miracle divin; les plus pessimistes ne demandent pas mieux que de vendre le pays aux enchères pour s’en partager le bénéfice. Les plus radicaux réclament le retour des « Noko » (les oncles), c’est-à-dire les colons belges. Bref, c’est une population marquée au coin de la déception de l’échec des promesses non tenues qui exprime ses frustrations au travers des propos que l’on croyait ensevelis et qui menacent la survie du projet de la construction de l’identité nationale.

Il s’ensuit que l’attachement de la population à la notion de l’Etat et des institutions reste précaire.

La plupart des congolais ne considèrent pas l’action des pouvoirs publics comme un levier déterminant à la transformation de leurs conditions de vie. Ils ont perdu la foi! En cause. Le Congo n’est pas administré. Ceux qui en tiennent les rênes, connaissent les bornes de la puissance de leur glaive; elle dépasse difficilement les limites de Kinshasa, la capitale. Aucun secteur de la souveraineté de l’Etat (sécurité, renseignement, justice, économie, finances, diplomatie) n’a été capitalisé en termes d’acquis et où le Congo excelle. 58 ans après, nous donnons en permanence l’image d’un amateurisme perpétuel, reproduisant inexorablement les mêmes catastrophes, aliénant ainsi le sort des générations futures.

Cette réalité faite d’impuissance et de lâcheté produit de la révolte dans le chef de chaque congolais qui refuse que le Grand Congo courbe l’échine devant l’histoire. Et un révolté ne danse pas.

Il est irrésistiblement porté vers le désir d’agir. Agir très vite pour que le 30 juin nous relie véritablement à l’histoire et à la mémoire de ceux qui se sont battus, sans relâche et dans les circonstances difficiles, pour le triomphe des valeurs sacrées que sont la liberté pour notre peuple et l’indépendance pour notre pays.

Didier Dikolo Bin Dikolo
Réflexion du 30 juin 2015 (mise à jour du 30 juin 2018)

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