Home Société 20 ans après l’ouverture de l’Hôpital de Panzi: Dr Denis Mukwege fait le point sur son travail de la « réparation » des femmes

20 ans après l’ouverture de l’Hôpital de Panzi: Dr Denis Mukwege fait le point sur son travail de la « réparation » des femmes

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Ce 1er Septembre 2019, c’est la célébration du 20eme anniversaire de l’ouverture de l’Hôpital de Panzi. A cette occasion, le Dr Denis Mukwege, fondateur de cet établissement hospitalier, a fait un état de lieux de son combat en faveur des femmes victimes de violences sexuelles soignées dans cet hôpital. Voici l’intégralité du message de « l’homme qui répare les femmes» 

MESSAGE DU DR MUKWEGE À L’OCCASION DU 20ème ANNIVERSAIRE DE LA CRÉATION DE L’HOPITAL DE PANZI
Ce 1er septembre, nous célébrons le vingtième anniversaire de l’ouverture de l’Hôpital Panzi.

Né dans un contexte de conflits, l’Hôpital de Panzi a, dès ses premiers jours de vie, accueilli des victimes de guerre. Parmi elles, des blessés, des déplacés et des femmes victimes de violences sexuelles.
Je me souviens de ces deux anciennes maisons d’architecture coloniale qui ont été restaurées pour devenir l’Hôpital de Panzi. Je me souviens aussi des toutes premières consultations qui ont eu lieu au mois de septembre 1999.
Notre choix pour l’hôpital s’est porté sur la commune de Panzi, au sud de Bukavu. De plus en plus peuplée, cette partie de la ville souffrait d’un manque de services publics. J’avais signalé la situation des femmes enceintes dans ce quartier car, en cas de complications – s’il fallait par exemple recourir à une césarienne -, elles devaient rejoindre l’Hôpital Général de Bukavu, qui se trouvait à environ 10 km, à l’autre bout de la ville.
Outre la question de la distance, de nombreux autres obstacles liés à la sécurité se dressaient devant ces femmes. Il y avait des barrages à chaque coin de rue ainsi que des soldats nationaux et étrangers qui empêchaient les gens de passer. Plus d’une fois, des femmes ont succombé à des hémorragies n’ayant pas pu atteindre un centre médical à temps.
Nous avions donc prévu de nous spécialiser dans les soins obstétriques, mais un nouveau phénomène frappait la région; une vague de viols s’accompagnant d’une extrême violence.
Nos priorités ont alors changé.

J’étais consterné par ce qu’il se passait sous mes yeux.

20 ans après la première opération des suites d’un viol avec extreme violence en 1999, l’Hôpital de Panzi a traité plus de 55 000 victimes de crimes sexuels. Ce chiffre est en constante augmentation puisque chaque jours entre 5 et 7 femmes sont reçues à l’hôpital pour des cas de violences sexuelles.
L’hôpital de Panzi est devenu un refuge pour ces femmes en quête de guérison.

Je salue l’engagement de toutes nos équipes à mettre fin au viol utilisé comme arme de guerre en République démocratique du Congo et dans le monde entier. Ce combat jouit aujourd’hui d’un écho mondial nécessaire au changement des mentalités.

Je salue avec émotion notre personnel qui a répondu courageusement en traitant chaque victime avec compassion et dignité.

Lorsque nous avons compris que les traitements médicaux n’étaient pas suffisants pour pouvoir se soigner entièrement et que les survivantes avaient besoin d’un accès à des services supplémentaires pour se reconstruire, nous avons mis sur pied un modèle de guérison holistique à quatre piliers associant le traitement médical à un soutien psychosocial, des services de réintégration socioéconomique et un accès au système judiciaire.

Ensemble, ces piliers ont sauvé des vies et réparé des âmes tout en permettant aux survivants de gagner leur indépendance et d’exiger la justice.

Nous avons reproduit ce modèle en dehors de la ville de Bukavu, en ouvrant des «centres à guichets uniques» dans les communautés rurales et en déployant des équipes d’urgence sur le terrain pour faire face aux viols massifs commis dans les villages. Nos équipes mobiles opèrent aussi les fistules vésico-vaginales obstétricales dans d’autres provinces du pays.

Conscients que la violence sexuelle dans les conflits n’est pas seulement un problème en RDC, nous voulons élargir notre vision de la guérison holistique à l’extérieur du pays en veillant à ce que les victimes en République Centrafricaine, au Burundi, en Irak et ailleurs puissent avoir accès à une guérison holistique et ainsi reconstruire leurs vies. Ainsi des One Stop Centers proposant le modèle de prise en charge global de Panzi seront mis en oeuvre dans les prochains mois.

C’est avec beaucoup de fierté que je remercie tous les membres du personnel de l’Hôpital de Panzi et des Fondations Denis Mukwege et Panzi pour tout le travail abattu avec ardeur et détermination. Et même si ce mois-ci nous nous remémorons les deux dernières décennies qui furent douloureuses, mais pleines d’espoir, nous nous tournons surtout vers l’avenir.

Dans les prochaines années, nous continuerons à concrétiser notre vision de rester un centre d’excellence pour le traitement des victimes de violences sexuelles et pour une prise en charge de qualité des soins de santé maternelle, tout en élargissant notre héritage en servant de centre de formation de notre modèle de traitement médical et global des victimes de violences sexuelles dans le monde en le mettant en pratique dans d’autres contextes de conflit.

Nous continuerons à réclamer la justice partout dans le monde pour les victimes en traçant une ligne rouge contre l’impunité. Nous continuerons à nous battre pour le projet de Fonds Mondial de Réparation sur lequel nous travaillons depuis 2010. Il sera officiellement lancé le 31 octobre 2019.

Nous ne cesserons jamais de fournir des soins, de partager notre vision d’un monde solidaire et de responsabiliser toutes les survivantes en tant qu’agents du changement passant du statut de victime à celui de leader dans la société.

Nous vous invitons à vous joindre à nous. Nous vous appelons à l’action !
Dr Denis Mukwege

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