Home Politique L’ex Gouverneur du Sankuru Berhold Ulungu à propos de Joseph Mukumadi : «un bien mal acquis ne profite que très rarement»

L’ex Gouverneur du Sankuru Berhold Ulungu à propos de Joseph Mukumadi : «un bien mal acquis ne profite que très rarement»

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Une année et demie après avoir renoncé aux fonctions de Gouverneur au profit de son siège au Sénat, l’ancien Gouverneur du Sankuru, Berthold Ulungu Lokata se montre peu bavard  à propos de la cacophonie qui prévaut dans la province qu’il a dirigée entre 2015 et 2019.

Il a finalement accepté de lâcher quelques mots sur demande insistante d’alternance. cd et d’autres médias en ligne. Et ses mots ont été soigneusement choisis et placés. Pas étonnant au regard de la nature de ce sénateur que d’aucuns présentent comme un homme de paix, unificateur et surtout nationaliste.
Alors que la province du Sankuru est orpheline de son gouverneur, qui a passé les six derniers mois dans de palaces en Europe, Prof Berthold Ulungu est partagé entre regret et honte.
Extrait de l’entretien avec le Sénateur élu sur la liste Alliance dont l’autorité morale est le Député national Lambert Mende Omalanga.

Alternance.cd: Monsieur le Sénateur, vous avez dirigé la province du Sankuru en tant que Commissaire Spécial du Gouvernement, puis comme Gouverneur de 2015 à 2019. Dans quel état avez-vous trouvé la province du Sankuru?

Prof Berthold Ulungu : J’ai été nommé Commissaire Spécial du Gouvernement en date du 29 octobre 2015 par ordonnance présidentielle avec deux adjoints l’un chargé de l’Administration & Politique et l’autre de l’économie & finances. Notre mission comportait 4 points principaux, à savoir :
– Mises-en œuvre de la décentralisation ;
– Restauration de l’autorité de l’état sur l’étendue de la province pour la sécurisation des personnes et leurs biens ;
– Promotion de la paix et de la réconciliation ;
– Etablissement des conditions propices à la préparation du processus de développement de la province.
Après la cérémonie solennelle de démembrement de l’ancienne province du Kasaï-Oriental qui a eu le 19 novembre 2015 à Mbuji-Mayi, nous arriverons à Lusambo, chef-lieu de la province du Sankuru le 21 novembre 2015.
Les deux rébellions, muleliste et Rcd, ainsi que le manque d’entretien des infrastructures héritées de la colonisation et l’absence des nouveaux investissements avaient déjà sinistrés l’ancien chef-lieu du district. La province était à créer. Il n’y avait rien qui pouvait servir de tremplin à la nouvelle province. Pas de routes, pas de ports, pas un endroit décent où se loger, ni où travailler à Lusambo, il n’y avait même pas un seul véhicule en bon état de fonctionnement à part celui que le Commissaire Provincial de Police avait ramené du Katanga !

Une fois élu Gouverneur, qu’avez-vous fait pour améliorer les secteurs de la sécurité, de l’économie et du social de vos administrés ?

Conformément à l’objectif de la mise en œuvre de la décentralisation, le besoin primaire était la réhabilitation des résidences et bureaux pour l’exercice des pouvoirs régaliens de l’état. Les résidences du Gouverneur, Vice-Gouverneur et Président de l’Assemblée Provinciale ainsi que leurs bureaux ont été réfectionnés et équipés correctement (carrelage, ordinateurs, télévisions, meubles, …).
Les élections de Gouverneur et Vice-Gouverneur auront lieu le 26 mars 2016 en plein processus de notre installation et nous venions d’entamer l’itinérance dans nos 6 territoires en vue d’expliquer les termes de la mission qui nous était confiée (cf. réponse 1). La tâche était simplement herculéenne vu l’étendue de la province (104.331 km2). La nécessité d’un mini plan Marshall pour le Sankuru s’imposait vu la modicité de la rétrocession environ 350.000.000 FC, la pauvreté de la population, l’enclavement ainsi que l’état de délabrement très avancé des routes d’intérêt provincial et de desserte agricole, l’inexistence d’usine ou d’un quelconque outil de production industrielle.
Notre programme d’action gouvernemental présenté et adopté le 1er juin 2016 par l’Assemblée Provinciale reprend les grands axes pour améliorer le quotidien du Sankurois. En bref, notre stratégie reposait sur la relance de l’agriculture afin de créer des coopératives agricoles pour ponctionner des impôts en mesure de financer le développement durable de la province, in fine. Mais la condition sine qua non pour cela repose d’abord sur le désenclavement de la province.
En attendant les opportunités pour transformer les ressources de la province en richesse à redistribuer, nous avons entrepris de réfectionner les routes de dessertes agricoles à travers la province avec les moyens de bord et concomitamment nous avions mis fin aux tracasseries policières et la perception des taxes intempestives. Le résultat immédiat a été la diminution de la faim dans les centres extra-coutumiers de la province.
Il est à noter que la réduction du train de vie des institutions de la République décidée par le Gouvernement central qui a fait chuter les revenus nationaux de la province de 30% dès fin juin 2016 constitue un frein à l’élan amorcé. Comme si cela ne suffisait pas, une autre retenue de 10% à titre de participation aux frais d’organisation des élections finiront par diminuer ces revenus de l’ordre de 40%.
C’est ici le lieu d’indiquer l’existence de 11 mois d’arriérés cumulés sur les frais de fonctionnement et primes à payer au personnel, l’occurrence du phénomène Kamuina-Nsapu au mois de mars 2017 avec son lot de réfugiés et la prise en charge d’un bataillon des soldats FARDC pendant 7 semaines sont autant de pesanteurs contre l’amélioration des conditions de vie de la population provinciale. Il faut en tenir compte !
Concernant la sécurité, notre cheval de bataille était la PNC et l’ANR. Nous avions amélioré la mobilité de ces services par la dotation de 2 jeeps 4X4 dont une neuve et une autre d’occasion. Malheureusement, une opération mixte PNC-FARDC de grande envergure lancée pour récupérer les armes à feu de type calibre 12 et/ou de fabrication locale à travers la province a été bloquée par le ministère national ayant la sécurité dans ses attributions à l’époque sans que nous sachions exactement les causes réelles.
Relativement aux finances et à l’économie, nous avions réaménagé la Direction Provinciale des Recettes provinciales du Sankuru (DPRSA) en Direction Générale des Recettes du Sankuru (DGRSA). Cette direction a été pourvue des imprimés de valeur et des facilités de mobilité pour la collecte des recettes provinciales qui étaient canalisées vers un compte bancaire unique ouvert à la RAWBANK. Le domaine des mines et agriculture ont été mis en contribution. Pour les mines, nous avions diligenté des missions mixtes Ministères sectoriels-Division de Mines vers les sites d’exploitation artisanale du Diamant pour conscientiser les creuseurs artisanaux à participer à la traçabilité de produits de leur travail la transparence. Pour l’agriculture, outre la formation (en Chine et auprès de la Coopérative BWAMANDA à Gemena, des semences améliorées ont été achetées et distribuées à quelques paysans triés sur le volet ; parallèlement, un recensement des plantations avait été amorcé en d’obtenir leur expropriation et les confier aux nouveaux acquéreurs disposés à travailler. Voilà les grandes lignes de notre action.

Comment pouvez-vous expliquer l’échec de votre mentor à se faire élire Gouverneur du Sankuru?

Les voies de l’Eternel sont insondables. Mais à la dimension humaine, c’est une histoire de jalousie mal placée et la peur de l’animal politique qu’il représente.

Quels sont vos sentiments quand vous observez la crise institutionnelle qui prévaut au Sankuru entre votre successeur, Joseph Stéphane Mukumadi et l’Assemblée Provinciale ?

Mon premier sentiment est qu’un bien mal acquis ne profite que très rarement. Mon second sentiment est qu’on ne devient pas politicien par un plébiscite électoral au second degré. Mon troisième est le regret du temps perdu pour mieux faire dès le début d’une nouvelle mandature. Mon quatrième et dernier sentiment c’est la honte, la province de Lumumba ne mérite pas ça !

ALT. Selon vous, quel est le plan de sortie de cette crise ? 

Rendre la primauté à l’Assemblée Provinciale est la voie de sortie par excellence et gage de stabilité durable. Ensuite, il faut l’UNITE des fils et filles du Sankuru. Le Caucus des Députés Nationaux et Sénateurs du Sankuru est un bel exemple à suivre par toutes les associations des Sankurois. Enfin, un maximum de RESPECT aux aînés, aux expérimentés. Fudu yakete tondo, we koleka lohelo, we holeke suku !

Propos recceuillis par RD44

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