Home Economie De « Likelemba », « Bwakisa carte », « Moziki » à Tontine WhatsApp: Risque ou opportunité pour l’économie informelle congolaise? (Opinion de Prince Bagula)

De « Likelemba », « Bwakisa carte », « Moziki » à Tontine WhatsApp: Risque ou opportunité pour l’économie informelle congolaise? (Opinion de Prince Bagula)

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MOUVEMENT TONTINIER (whatsapp) RISQUE OU OPPORTUNITE?

Des  années 60  jusqu’à nos jours passant par « la banque Lambert », « Likelemba », « bwakisa carte », « Moziki » et maintenant « tontine whastapp ».

Il est important de remonter dans l’histoire notamment en 1960 pour comprendre le mouvement tontinier en RDC, Longtemps prohibé par le pouvoir colonisateur, ont surgi avec force pour apporter du soutien politique, moral et/ou financier à l’un de leurs membres afin que ce dernier postule à un poste laissé vacant à la suite du départ précipité des administrateurs coloniaux.

L’on assistera à la monté de ce mouvement en 91 et 92 suite aux émeutes  et pillages entrainant ainsi la hausse du taux de chômage et la destruction du tissu économique dans son ensemble[1].

La tontine est perçue comme une finance informelle et solidaire mettant en contact un agent à besoin de financement et un agent à capacité de financement. Le but est le partage et la solidarité entre les membres. D’après Michael Lelart Ces « associations rotatives d’épargne et de crédit » se caractérisent principalement par l’importance des relations personnelles qui unissent les participants[2].

D’une manière générale, nous savons que le système bancaire classique est tellement complexe que les personnes à faible revenu se retrouvent exclues du système pour des raisons liés aux risques d’aléa moral et de sélection adverse. Les tontines sont qualifiés d’organisations sociétales car la banque ne va pas organiser  les funérailles, le baptême, le mariage ou soit une institution de microfinance octroyer un crédit à un taux zero et à un temps record…

La tontine ayant une portée sociale primordiale, la comprendre en se penchant qu’au côté financier serait biaisé. Car nous retrouvons même des personnes détenant un compte bancaire mais se livrant à cette pratique.

De par notre étude sur terrain, nous remarquons que cette nouvelle forme de tontine Whatsapp n’est qu’un prolongement des autres précitées, mais juste que celle-ci, avec l’avancé de la technologie, les membres se regroupent et échangent via l’application internet whatsapp qui est un réseau social.

Cette vague s’explique actuellement aussi par le confinement, découlant des mesures  prises dans la riposte contre la pandémie du Corona Virus plusieurs employés, catégories confondues, se retrouvent à la maison durant cette période d’État d’urgence sanitaire décrété par le président de la république SE Félix Tshilombo.

Avantage :

-Le mouvement tontinier Permet aux citoyens qui ont un pouvoir d’achat dérisoire d’avoir une sorte de caisse de Prévoyance à laquelle les gens adhèrent en prévision de difficultés qui peuvent survenir.

-D’une manière pratique la tontine durant cette période de confinement a permis à beaucoup de ménages de renforcer leurs stocks de provision des nourritures.

-Cette forme de tontine est beaucoup plus préférée qu’aux anciennes car plus il y aura des adhérents, vite la cagnotte sera  réalisée et vite le (la) bénéficiaire touchera.  « likelemba » par exemple, qui est une forme de tontine à but non lucratif  souvent l’échéance est déjà fixée au départ.

Désavantage :

-Pas de contrat entre les membres, en cas de problème on ne sait pas comment revendiquer.

-La communication est limitée car tout se passe par téléphone.

-le cadre d’une tontine ne produit pas d’intérêts dans une économie hautement inflationniste.

-Insertion des adhérents fictifs (une personne qui mise sur plusieurs numéros par exemple).

-sur le plan économique ce flux monétaire échappe au système de l’économie formelle, des sommes importantes ne sont pas du tout injectées dans le circuit bancaire pour que la vélocité de la monnaie soit surveillée en vue de bien mener maitriser la politique monétaire.

Observations et Recommandations

Après avoir évoqué les avantages et les désavantages de ce mouvement tontinier, l’homme étant homo economicus, il lui sera à sa charge  de faire l’arbitrage car de la même manière le timing est intéressent pour toucher la cagnotte, de cette même manière que le risque est élevé.

« Qui ne risque n’a rien » voici la phrase qui console des partisans de ce mouvement à Kinshasa, mais rien ne révolte!!! Les conditions économiques, bancaires et sociales viennent corroborer cette prise de risque car n’ayant pas d’épargne, il sera difficile d’accéder à un crédit même dans une institution de microfinance. Devant un salaire dérisoire qui n’arrive pas à couvrir les deux bouts du mois et face à des besoins de première nécessité, le kinois est contraint de fois à courir ce risque.

Après avoir participé et avoir soumis un questionnaire d’enquête aux personnes ayant cette expérience, nous pouvons suggérer ceci :

-baisser de 37.5% le taux lié à la ristourne qui souvent est à 800% (passer de 8 à 3  dans un groupe). Cela arrivera à accroitre la vitesse de rotation et accroitre la confiance car elle reste le pilier de toute tontine.

-Créer un fonds de secours par l’imposition d’un taux de 10% d’épargne.

-Garder l’homogénéité dans le groupe, elles sont appelées à être très sélectives (que tous les adhérents puissent avoir une même motivation et une bonne moralité).

-Création d’une base de données permettant de retracer tous les bénéficiaires et les appeler encore et encore à participer afin de former une boucle.

Elles ont certes les désavantages susmentionnés, mais restent des organisations de petite taille qui valent la peine du fait qu’elles mettent les préoccupations sociales devant le raisonnement économique.

(Amyr)Prince Bagula

Génération Rupture Asbl

#SovonsNotrePays

 

Références

[1] Augustin EPANDA, typologie et aspects organisationnels des tontines dans le contexte d’une économie sociale informelle à Kinshasa, Septembre 2002.

[1] Michel LELART, De la finance informelle à la microfinance, AUF et Éditions des Archives Contemporaines, 2006.

 

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