Home Politique Crise politique en RDC : Shambuyi Kalala estime que l’esprit des accords FCC-CACH est largement dépassé par la réalité

Crise politique en RDC : Shambuyi Kalala estime que l’esprit des accords FCC-CACH est largement dépassé par la réalité

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La RDC est en crise. C’est une évidence. Les animateurs des institutions n’émettent plus sur la même longueur d’ondes. La coalition FCC-CACH est au bord de l’éclatement.

Garant du bon fonctionnement des institutions, le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, a organisé des consultations nationales, avec l’objectif de procréer une union sacrée pour la République. La crise, qui était latente, s’est exacerbée avec la prestation de serment des juges de la Cour Constitutionnelle.
Depuis, les Conseils des ministres ne se tiennent plus. Face à cette situation, Alternance.cd a approché M. Shambuyi Kalala, le président national du Congrès des Progressistes pour la Libération (CPL) pour avoir la lecture de cette formation politique de gauche en rapport avec ladite crise. Pour lui, en effet, il y a effectivement une crise politique. Et, si elle dérapait, elle peut aboutir à une crise sécuritaire majeure. Au sujet des consultations, Shambuyi estime que les observations à faire sur la bonne marche du pays ne peuvent pas s’astreindre à une conjoncture, même si la période de consultations s’apprête le mieux. Néanmoins, il y a beaucoup d’autres critères qui peuvent entrer en jeux pour que les services de protocole d’État privilégient une personnalité ou un groupe, pour être reçu par le chef d’État. Comme progressiste et patriote, il se dit disponible de manière permanente pour servir le peuple congolais. Quant à l’Union sacrée proposée par le Chef de l’État comme alternative à la coalition FCC-CACH, Shambuyi pense que cela ne peut-être que porteur d’espoir. A une condition: ne pas reprendre les mêmes et recommencer.
Par là, il entend non seulement des personnes, mais aussi et, surtout des pratiques. Il soutient que ce dont les Congolais souhaitent, c’est voir l’émergence d’une nouvelle pratique de la démocratie, qui a pour but de sélectionner les meilleures idées et les meilleurs cadres afin de s’occuper effectivement de la résolution de la crise générale.

Alternance.CD : Quelle lecture le CPL fait-il sur ce qui est vu comme une crise politique actuellement en RDC, et de la proposition de l’Union Sacrée prônée par le Président de la République ?

Shambuyi Kalala : Nous vivons effectivement une crise politique. Et, si elle dérapait, ce que nous ne souhaitons pas, elle peut aboutir à une crise sécuritaire majeure. Cette crise, comme vous le savez, part du disfonctionnement des institutions centrales de l’État, avec comme conséquences, pendant deux ans, celles-ci ont commencé à tourner sur elles-mêmes, sans une incidence remarquable sur la résolution de la crise générale du pays et de la société. Sa partie, la plus visible, est la brouille au sein de la coalition FCC-CACH, alimentant la confusion au sommet de l’État. Dune manière simpliste, on dira que ce sont des incidents entre les chefs de corps sur les interprétations juridiques qui sont à la base des contradictions. Mais au fond, ce que l’on constate, c’est l’expression de la pression des effets de la crise générale sur le pouvoir, que cette coalition na pas pris en compte lors des négociations, tant au niveau du programme du gouvernement, qu’au choix des personnes censées l’animer. Encore que d’aucuns pourraient se demander si cet aspect des choses pouvait leur intéresser. C’est à tort que certains de nos concitoyens du FCC refusent, au regard de la situation actuelle, le principe du débat ouvert à tous, pour ne se renfermer que dans ce qu’ils appellent le débat au sein des institutions. Tout au plus, ils s’agrippent à leur reproche de « non- respect des accords », s’obstinant à ne pas reconnaitre que l’esprit desdits accords est largement dépassé par la réalité, celle de l’aggravation de la crise générale. Quant à l’Union sacrée proposée par le Chef de l’État comme alternative à la coalition FCC-CACH, de prime abord, cela ne peut-être que porteur d’espoir. A une condition, celle de ne pas reprendre les mêmes et recommencer. Par les mêmes, nous entendons non seulement des personnes, mais aussi et, surtout des pratiques. Ce dont les Congolais souhaitent, c’est voir l’émergence d’une nouvelle pratique de la démocratie, qui a pour but de sélectionner les meilleures idées et les meilleurs cadres afin de s’occuper effectivement de la résolution de la crise générale.

ALT: Voyez-vous dans la dynamique de l’Union sacrée en gestation un brin d’espoir pour résoudre la crise politique à répétition en RDC?

SK : L’espoir est toujours la source d’énergie humaine pour se refaire. Avant de nous convaincre que nous nous orientons vers des perspectives porteuses, nous devons d’abord saisir l’origine de la crise politique récurrente, devenue un obstacle permanent, à la résolution de la crise générale. Cette origine est à rechercher dans la sous-estimation, par les élites congolaises, de la responsabilité pour la conduite d’un État national souverain, sans ingérence étrangère excessive. Certes, à maintes reprises, il y a des tentatives, par diverses initiatives et actions, pour remettre le pays sur les rails. Parmi les plus importantes, c’est le Dialogue de Sun City, entre autres. Ce forum a donné le référentiel utilisé, ces dix-sept dernières années, comme un consensus organique de base pour notre État. On peut se rappeler que la faute lourde, dont les composantes engagées au Dialogue, sont responsables, est de n’avoir privilégié, dans l’application des résolutions que celles relatives au positionnement des individus, au mépris d’autres aussi nécessaires pour la survie de la République. C’est ainsi que la question électorale s’est accaparée de toute l’attention des élites, y compris par le citoyen congolais moyen. L’activité politique au Congo ne se résume aujourd’hui qu’aux incantations de la campagne électorale, conçue pour vendre les prouesses supposées des individus. D’où, la promotion des concepts du genre Autorité morale, la vision du chef, ainsi de suite. Une propagande qui, à terme, na fait que renforcer l’infantilisation des masses du peuple. Il n’y a plus des courants sociaux structurants. Vingt trois ans après la fuite de Mobutu, on est encore en plein refrain de «Djalelo», entendons l’adoration du sauveur. On entend aucun débat sérieux de société, ni sur l’organisation de pouvoirs publics, pourvoyeurs attitrés des services publics, ni sur les corps intermédiaires presque inexistants. Les communautés de base dans une misère généralisée, sont laissées à l’abandon et déstructurées, livrées à la merci de la horde des prophètes et des fétichistes, de tout bord. Si l’Union sacrée veut devenir une vraie alternative pour le salut de la nation, elle devait partir avec l’ambition de changer ce tableau obscur dun Congo enfui dans un gouffre d’analphabétisme politique. Mais si jamais elle emprunte le chemin de la dynamique de l’ «alternance civilisée », celle qui ne regarde que 2023 pour un nouveau positionnement, sans se soucier des cris de détresse que les Congolaises et les Congolais lancent au quotidien, l’espoir généré se transformera, sans transition, en désespoir.

ALT : Quels conseils pouvez-vous donner aux ténors de la dynamique de l’Union sacrée pour s’orienter vers les perspectives porteuses ?

SK : Commençons par rappeler que, nos conseils ne peuvent avoir du sens que si la dynamique de l’Union Sacrée se positionne comme une composante du mouvement démocratique qui organise le secours dun peuple en détresse. Le gouvernement qui sortira de cette dynamique devait se fixer ses priorités, pas en fonction de ce que l’on pense, mais de ce qui doit être fait réellement, partant de la situation déstructurant de notre société, actuellement. Le Centre de l’organisation de toute société moderne, est avant tout, l’ensemble des pouvoirs publics. Le bon fonctionnement des pouvoirs publics pourvoient les services publics, seuls capables de répondre à la revendication principale : l’amélioration du social du congolais. Et voir les choses autrement, serait du domaine du messianisme et non de politique. La priorité logique serait, la réorganisation des pouvoirs publics à tous les niveaux, centraux, sectoriels et locaux. Mais cela ne signifie pas que toutes les tâches régulières de l’État sont suspendues. Le plan du gouvernement doit intégrer autant les tâches quotidiennes que les priorités nationales, pour finalement rétablir un équilibre en termes des finances et des ressources humaines. Cette tâche de réorganisation n’est pas si simple comme les bureaucrates pouvaient l’envisager. C’est un exercice complexe qui doit inclure à la fois des expertises hautement qualifiées de l’administration publique et les contributions de corps intermédiaires comme les syndicats ou d’autres mécanismes divers. Il faut savoir stabiliser un noyau solide des fonctionnaires de l’administration autour duquel, toute la réorganisation devait tourner. Il faut tirer des leçons de ratages après Sun City et de l «alternance civilisée ». La transition de 2003, ne s’était focalisée que sur les élections et, son corollaire, la commission électorale, au mépris de l’administration publique traditionnelle. On en a fait une administration parallèle, devenue plus budgétivore qu’ éphémère.
Avec cette façon de faire, en RDC, organiser les élections est devenu un casse-tête, parce qu’il faut toujours tout recommencer, y compris certains éléments banales de la logistique, réglable par l’administration traditionnelle. Le gouvernement de l’alternance « civilisée » s’est confondu dans son concept des réalisations à effets visibles, le programme de 100 jours. Il faudra donc se focaliser sur un programme à effets multiplicateurs, à l’instar de la réorganisation des pouvoirs publics, une clé pour booster tous les secteurs de la vie nationale.

ALT : Ne pensez-vous pas que si ces avis étaient donnés directement au président de la République, dans le cadre de consultations, auraient fait œuvre utile?

SK : Les observations à faire sur la bonne marche du pays ne peuvent pas s’astreindre à une conjoncture, même si la période de consultation s’apprête le mieux. Néanmoins, il y a beaucoup d’autres critères qui peuvent entrer en jeux pour que les services de protocole d’État privilégient une personnalité ou un groupe, pour être reçu par le chef d’État. Comme progressiste et patriote, notre disponibilité pour servir le peuple congolais reste permanente. De toutes les façons, les avis que la plupart de nos compatriotes ont exprimés, peuvent déjà permettre au chef de l’État d’imprimer les nouvelles orientations pour l’avenir immédiat. Ce que nous souhaitons est que, dorénavant, la recherche de meilleures idées, et des cadres compétents pour les appliquer, dans le but de résoudre la crise générale, soit une des préoccupations principales, au sommet de l’État.

Propos recueillis par Jules Ntambwe

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