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Hubert Thetika exhume la descente aux enfers du FCC( Tribune)

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Opinion

L’actualité nourrie de ces derniers jours fera date dans l’histoire, non seulement en République démocratique du Congo mais, à coup sûr en Afrique et même dans le monde si jamais les choses évoluent telles que nous les vivons. Les étudiants en sciences politiques trouveront certainement matière à réflexion sur les aléas des alliances de gouvernance dans les régimes Parlementaires et exceptionnellement dans les régimes Semi-presidentiels comme c’est le cas en RDC.

L’histoire de Gouvernance Politique nous a habitué à des pertes brusques ou programmées de Majorités Parlementaires car, c’est de cela qu’il s’agit, suite à une désaffection d’une poignée de Députés souvent sur initiative de leurs Partis ou Regroupements respectifs et un peu rarement à titre individuel.

Mais, il sied de souligner que toutes ces désaffections ne l’ont été à travers le monde que dans des proportions fortement réduites ( 3, 4, 10, 15 ou 20 Députés). l’Italie et Israël battant souvent le record en la matière.

Par contre, la particularité du cas Congolais, c’est que cela (semble) se passe (r) dans un régime semi- présidentiel où généralement, dans la quasi-totalité des cas, les Populations donnent une majorité au Président qu’ils ont choisi sauf dans les quelques rares cas comme en France, où le Président ayant bénéficié déjà au départ d’une majorité en début de mandat, se retrouverait en fin de mandat, pour ses 2 ans restants, avec une majorité différente. Ce qui a conduit à des cohabitations Mitterrand-Chirac, Mitterrand-Balladur et Chirac-Jospin où ces Majorités Parlementaires sont restées stables sans traverser vers le Camp Présidentiel.

C’est surtout en terme de proportion que cela étonne car, c’est inouïe de voir une solide majorité de 75% du Parlement, (soit, 350 Députés) être bousculée. C’est une première et pas seulement en RDC. Ceci restera un véritable cas d’école pour tout le monde.

Point n’est donc besoin de confirmer l’effet de surprise qu’a suscité ce retournement spectaculaire vécu dans l’enceinte du Palais du Peuple lors de la défenestration du Bureau Mabunda et qui pousse à chercher en profondeur la ou les raisons de la décadence (si l’on peut la qualifier ainsi), de la Forteresse FCC qui semblait imprenable à tous égards il y a peu.

Après analyse, j’ai la nette impression que le FCC portait en lui les germes de sa dislocation. En effet, l’on se souviendra que le FCC est l’aboutissement d’une recherche effrénée d’arrondissement des angles pour s’assurer une confortable majorité au Parlement. Pourquoi en est-on arrivé là ? Trois raisons à savoir ;

1/ L’impossibilité de faire avoir au PPRD la majorité absolue de 251 Députés.

Il est clair que le parti phare du FCC est sans doute le PPRD, crée aux petites heures de l’avènement démocratique par le Président Kabila. Ce parti, né de la volonté des tenants du Pouvoir, a bénéficié, comme tous les autres du genre en Afrique ;
– des Moyens Financiers de l’État,
– des Adhésions presques forcées et d’intérêts,
– de l’implantation rapide dans tout le Pays.

Et cela, comme d’habitude, a occasionné une confusion entre l’État et le Parti car, ayant fait de presque tous les Gouverneurs des Provinces, des Présidents Interfederaux du Parti dans leurs Provinces respectives à l’instar du Parti-Etat Mobutiste de triste mémoire où les Gouverneurs étaient d’office et d’abord des Présidents des Comités Régionaux du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR).

Les conséquences, on les connait, on a politisé les Entreprises d’État, la Société Civile et même, il semblerait qu’en sourdine et dans une très moindre mesure, l’Armée et la Police sans oublier la Presse car, l’on ne peut nier l’existence d’une Presse dite des Journalistes engagés qui flirtent avec l’Opposition et ceux, inconditionnels du Pouvoir.

Qu’à cela ne tienne, dans un Pays où l’on applique un Mode de Scrutin Proportionnel, il était toujours difficile au PPRD d’arriver à atteindre les 251 Députés nécessaires pour gouverner seul.

Il faudra retenir que dans un tel système électoral, l’on peut aligner dans une circonscription à deux sièges, les deux meilleurs candidats du coin qui obtiennent chacun sur une liste A, 60 et 50 000 voix, à côté d’une liste B où les candidats obtiennent respectivement 40 et 37 000 voix, on attribuera les deux sièges à celui de la liste A qui a obtenu 60 000 voix et à celui de la liste B qui a obtenu 40 000 voix, laissant ainsi sur les carreaux celui de la liste A qui a eu 50 000 voix. Mode de scrutin donc injuste, favorisant l’émiettement du paysage politique que nous vivons avec presque 800 Partis politiques.

Cela ne devrait que pousser un grand parti comme le PPRD à chercher à placer ses candidats sur deux listes ou plus car, quoique l’on fasse, il était difficile d’avoir beaucoup de Députés avec un seul Parti.

Voilà pourquoi le PPRD dans un premier temps, a créé des Partis satellites comme le PPPD, le RRC, le MIP et autres pour raffler la mise. C’est comme cela qu’il passera de plus ou moins 86 à 116 Députés en 2011 et de l’AMP à la MP. Était-ce suffisant ? Non. D’où ;

2/ Il fallait ratisser large

Cette course effrénée à la recherche d’une majorité absolue et très stable a fait que celle qui était Majorité Présidentielle passe au Front Commun pour (ou contre) le Congo ( MP/FCC).
La trajectoire devenait donc, Parti- Regroupement des Partis pour terminer dans une nébuleuse sans fondement juridique appelée FCC, qui s’avère un regroupement des regroupements dans lequel on retrouve une coalition Majorité-Opposants débauchés.

Conséquence de cet agrandissement sans fin, c’est la difficulté de gérer la Structure elle même et les Ambitions des Membres. Quid alors de l’organisation ?

3/ Gestion Opaque assise sur un cercle hermétiquement fermé.

L’erreur la plus grave, c’était de chercher à élargir sans fin tout en confiant les Responsabilités aux mêmes personnes et n’appeler les autres que quand il y a un problème. D’où ces fréquentes séances de renouvellement de loyauté, prémisses d’un manque total de confiance. C’est parce qu’ils étaient conscients des frustrations indues. Il fallait donc s’attendre qu’à ce qu’un jour, cette frustration qui couvait explose à la figure des vrais bénéficiaires de la structure à qui l’on exige maintenant ouvertement la démission.

Aux dernières nouvelles, j’apprends que le FCC vient de créer une commission qui serait dite de crise, qui met seulement en veilleuse la Coordination Néhémie MWILANYA ( donc, sans la chasser comme exigent ouvertement les membres) et surtout dont la direction est confiée à TSHIBANDA, un Technocrate Apolitique nageant toujours dans la mare à caïmans décriés. J’ai peur que le FCC ait vraiment creusé sa tombe après avoir franchi la porte du cimetière…

Personne ne dira donc que c’est le Président Félix TSHISEKEDI qui est à la base de la dislocation du FCC. Ce n’est qu’un Catalyseur qui n’a fait qu’accelerer un processus presqu’inevitable…

Hubert Thetika
Député National Honoraire

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