Home Politique Lingala ou Otetela comme première langue d’apprentissage au Sankuru : Voici la vérité!

Lingala ou Otetela comme première langue d’apprentissage au Sankuru : Voici la vérité!

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La polémique sur l’usage des manuels scolaires de Lingala dans l’enseignement primaire au Sankuru prend de plus en plus d’ampleur. Des leaders politiques, élites intellectuelles, jeunesse et des personnalités de la société civile s’érigent contre cette mesure du ministère de l’ensemencement primaire, secondaire et technique(EPST). Mais qu’en est-il réellement de ce dossier ? Éléments de réponse.

Fin 2020, le ministère de l’EPST a envoyé dans la province du Sankuru un lot de manuels scolaires imprimés en Lingala, destinés aux élèves et aux enseignants du primaire. La production de ces manuels a été financée par la Banque mondiale dans le cadre du projet d’appui à l’amélioration de la qualité de l’éducation en RDC.

Des missions officielles ont été diligentées non seulement au Sankuru mais dans l’ensemble du pays, pour sensibiliser les enseignants et élèves à l’usage des manuels scolaires qui ont été distribués dans toutes les provinces.

La province du Sankuru fait partie de la zone éducationnelle Lingala, c’est à dire espace dans lequel le Lingala doit être utilisé comme première langue d’apprentissage. On trouve dans cette zone également les provinces de la Tshopo, Tshuapa, Équateur, Nord-Ubangi et Mongala. Avant le découpage, le Sankuru comme district appartenait à la zone éducationnelle Tshiluba.

Exceptionnellement, l’Otetela était utilisé dans cet ancien district de l’ex-province du Kasaï comme langue d’enseignement depuis 1906, lors de l’ouverture des écoles par les missionnaires au Congo.

« L’exception de l’Otetela comme langue d’enseignement » primaire au Sankuru

En 1911, c’est l’Otetela qui avait été utilisé comme langue d’enseignement dans la première école primaire ouverte au Sankuru, précisément au poste de mission de Tshumbe Sainte Marie, suite au refus du chef Otete d’enseigner aux enfants le catéchisme en Tshiluba.
Depuis, toutes les tentatives des autorités tant provinciales que nationales à imposer une autre langue que l’Otetela dans l’enseignement primaire au Sankuru ont échoué. Ainsi, en 1976, lors de la campagne de l’authenticité zaïroise et la zaïrianisation qui s’en est suivie, le bureau politique du MPR décréta l’instauration des quatre langues nationales: Le Lingala au Nord-ouest ; le Swahili à l’Est, le Kikongo au Sud-ouest et le Tshiluba au Centre(Kasaï).

Toutefois, suite à la protestation des représentants du Sankuru au bureau politique du Parti-État, qui avaient notamment expliqué qu’aucune des quatre langues nationales ne se parlait dans cette province, une commission d’enquête a été initiée.

Finalement, le comité central du MPR promulguera le décret-loi instituant l’usage des quatre langues nationales et le français comme langue officielle en maintenant l’exception de l’Otetela au Sankuru. Cette exception a été entérinée par l’Arrêté ministériel n°EDN/SP/8410/BCC/549/1976 du 31 août 1976 du Commissaire d’État Mbulamoko. Plusieurs ouvrages en Otetela seront édités pour l’enseignement primaire au Sankuru.

En 2012, le gouvernement de la République procédera à des grandes reformes dans le secteur de l’éducation. Elle concerna la méthodologie de l’enseignement en vue d’améliorer la qualité et la pertinence par l’apprentissage de la lecture et de l’écriture en langues nationales au degré élémentaire et primaire.

Appuyé par de partenaires internationaux notamment la Banque mondiale, le ministère de l’enseignement primaire, secondaire et professionnel produira les supports de base en quatre langues nationales depuis 2014, en référence à la Loi-cadre n°14 du 11 février 2014 de l’enseignement national.
La province éducationnelle du Sankuru était programmée en Tshiluba.

Toutefois, l’Unicef qui a pris en charge l’appui technique de la formation des enseignants en approche par compétences de vie courante et la production des manuels d’apprentissage n’a pas pris en compte l’exception Otetela comme langue d’enseignement dans le Sankuru, l’unique province mono-ethnique et mono-linguistique de la RDC, selon les lois-organiques 04/15 et 06/15 relatives à la décentralisation et au découpage territoriale de la RDC.

Face à cette situation, la Commission Diocésaine de l’éducation Chrétienne de Tshumbe a pris l’initiative de recourir à sa tradition de rédaction et d’édition des manuels scolaires en Otetela. Elle avait obtenu la conformité de la demande d’agrément avec l’arrêté ministériel n°MEPST/PMD/84/SG/08/1120/2018 du Secrétaire Général du Ministère de l’enseignement primaire, secondaire et technique du 14/05/2018.
Curieusement, et cela que les élites du Sankuru ne comprennent plus rien, le ministère de l’EPST a préféré envoyer des manuels scolaires édités en Lingala. Lire l’articleImposition du Lingala comme première langue d’apprentissage au Sankuru: Lambert Mende proteste et interpelle la Banque Mondiale

Les responsables provinciaux de l’éducation ont refusé de distribuer ces manuels. Des leaders tant religieux à l’instar de l’évêque de Tshumbe, Mgr Nicolas Djomo, que politiques disent non à l’utilisation de ces manuels. Tous exigent le maintient de l’exception de l’Otetela.

Du côté du ministère de l’EPST, on explique que la loi a été respectée et que les manuels de Lingala seront bel et bien utilisés dans l’enseignement primaire au Sankuru.

Vraiment un problème?

Bien que combattue par une bonne partie de la population du Sankuru, la décision du ministère de l’EPST de remplacer l’Otetela par le Lingala est soutenue par certains Sankurois.

C’est le cas notamment de Nathan Osako, ressortissant du Sankuru vivant au Sénégal. Tout en reconnaissant la valeur d’une langue maternelle dans le développement intellectuel de l’enfant et la culture de toute société, lui et ceux qui sont partagent son avis disent ne trouver aucun mal à ce que le Lingala soit utilisé comme langue de l’enseignement au Sankuru. « Moi, ayant été professeur de biologie au collège INTEG à Douala, je suis un témoin véritable de l’influence du Lingala en Afrique car mêmes mes élèves filles sont tombées amoureuses de moi non pas parce que j’étais le plus beau mais c’était sous l’influence de cette langue », témoigne Osako Nathan.

Tout en soutenant que l’Otetela doit rester le ciment de la solidarité et de l’amour entre les Sankurois, cet ancien enseignant qui sortait avec ses élèves (il l’avoue) attire l’attention des originaires de la province natale de Patrice Emery Lumumba sur la mauvaise qualité des infrastructures scolaires au Sankuru.

Tout Sankurois ne parle pas forcément l’Otetela

D’autre part, contrairement à ce qui se dit ça et là, la province du Sankuru compte 16 ethnies différentes qui parlent autant de dialectes. Ces ethnies sont: Ohindo, Booli, Basho, Bahamba, Batetela, Basambala, Bankutshu, Bakela, Djonga, Bakwamputu, Basonge, Bakuba, Baluba, Bena Konji, Batua et Yenge.

En français facile, on dira que tout Sankurois n’est pas tetela et ne parle pas forcément l’Otetela. Aux dernières nouvelles, le Lingala serait utilisé depuis quelques années comme langue médium dans certaines écoles primaires du diocèse de Kole au Sankuru.

Aussi, au regard de la proximité de la plupart de ces ethnies avec d’autres groupes ethniques parlant le Lingala, la langue de Bakandja est, du point de vue de certains experts dans le domaine de l’éducation, mieux indiquée pour servir de médium d’enseignement au Sankuru. A chacun son opinion.

Junior Lomanga

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