Home Politique Recensement de la population : Entre spéculations et manipulation, voici la vérité

Recensement de la population : Entre spéculations et manipulation, voici la vérité

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Depuis un temps, la question de l’identification de la population occupe la Une de plusieurs médias et alimente  les conversations dans les rues jusque dans les sphères politiques. Chacun y va de ses raisons pour alimenter la chronique.

L’une des raisons qui passionnent, c’est le lien que certains voudraient créer  entre l’identification de la population et le processus électoral. Pour les tenants de cette thèse, le fait de ramener en ce moment à l’avant-plan l’identification (recensement administratif) de la population cacherait mal les arrière-pensées politiques qui voudraient prolonger le mandat de l’actuel Chef de l’Etat. Surtout que cette position en faveur de l’identification de la population est soutenue par les ténors du parti présidentiel. On devrait ici se souvenir que, in tempore non suspecto, cette thèse était déjà portée par le candidat Félix Antoine Tshisekedi et réaffirmée par lui, à plusieurs reprises comme Président de la République. De même Etienne Tshisekedi au lendemain du scrutin présidentiel de 2006 avait tenu à rappeler une des résolutions du Dialogue inter congolais,  qui exigeait l’identification de la population.

Faire croire que l’identification de la population ne vise que le prolongement du processus électoral est non seulement  mal connaître les avantages de cette opération mais aussi  ramener l’opinion en 2015 où des manifestations de rue de triste mémoire avaient provoqué la mort de plusieurs personnes. Cette agitation avait bloqué net le lancement du processus d’identification. Malgré tout, le glissement avait eu lieu et les élections n’avaient pu se tenir que deux ans après la date constitutionnellement prévue. Autant dire que l’identification de la population en elle-même ne pourrait pas  contenir les germes du glissement. Il faut guetter à ce propos la volonté politique qui, si elle est telle, peut réussir un glissement avec ou sans identification. Mais, apparemment, rien de tel n’est encore à l’ordre du jour pour l’instant.

Contrairement aux affirmations de certains pêcheurs en eau trouble, il faut retenir que  l’identification de la population n’est pas du tout lié au cycle électoral. Vouloir à tout prix à en faire des frères siamois ne peut tenir que de l’ignorance ou de la volonté délibérée de chercher à semer de la confusion dans la tête des Congolais.

Mettre fin à la fraude à la nationalité

En créant, l’Office National d’Identification de la Population (ONIP), l’Etat congolais avait affiché des objectifs nobles. Celui d’abord de pouvoir exercer sa souveraineté sur sa population et d’avoir l’effectif exact des habitants sur son territoire. Aucune politique efficiente ne peut se concevoir sans connaître ceux pour qui on la fait, leur nombre et leur localisation. Comme qui dirait que l’identification de la population, à travers toutes ses dérivées (Fichier Général de la Population, Numéro d’identification nationale, Carte d’Identité Nationale,…), est un véritable outil de bonne gouvernance pour tout Etat moderne.

Par ailleurs, l’identification de la population congolaise va sortir le pays du régime déclaratif de l’identité. Aujourd’hui, il suffit de se présenter dans n’importe quelle maison communale, déclarer son nom et très vite on vous établit une attestation de perte de pièces. L’opération peut se répéter en changeant de nom. L’un des résultats de l’identification est d’arriver à constituer un Fichier général de la population, en fait une base de données avec l’identité biographique et biométrique de chaque individu.  Grâce à ça, le Fichier général de la population va mettre définitivement fin en RDC à la fraude à l’identité et à la nationalité.

Le fait que le travail d’identification n’a pas été régulièrement fait, le fait que les registres de l’état civil soient mal tenus, ont pendant longtemps favorisé l’infiltration des étrangers dans les rangs des Congolais, le régime étant basé sur une simple déclaration. Beaucoup de personnes sont aujourd’hui nées des parents qui ont usurpé la nationalité congolaise et se prétendent donc Congolaises ; des personnes qui vivent depuis des décennies sur le sol congolais et qui ne connaissent d’autres pays que la République démocratique du Congo. D’autres seraient arrivées à la veille des élections et auraient bénéficié frauduleusement de la carte d’électeur.

 Démêler les vrais des faux congolais

Comment alors sortir aujourd’hui de cet imbroglio ? L’inquiétude des Congolais à ce propos est largement fondée et justifiée. On espère que l’Office National d’Identification de la Population aura le moment venu la bonne méthode pour démêler le vrai du faux et ainsi avoir un fichier fiable des Congolais et étrangers vivant en RDC. Il serait illusoire de croire que tous les étrangers seront exfiltrés de la liste de Congolais. Au moins, le Fichier général de la population sera comme un pare-feu qui ne permettra plus aux non Congolais de se déclarer comme tels et disposer de la carte d’identité nationale.

En outre, ce fichier présentera plusieurs autres avantages notamment la lutte contre la criminalité et le terrorisme. Il garantira aussi devant les administrations l’identité de la personne qui sollicite un service. Il en est ainsi par exemple du secteur bancaire qui peut être conforté par le fait qu’il sera sûr que la personne devant lui est bien celle qu’elle prétend être. D’autres services comme les migrations, le fisc, la justice, les télécoms, … pourraient également recourir au Fichier général de la population pour bien remplir leurs missions.

La constitution du Fichier général de la population sera une action permanente, à travers le service d’état civil, qui va au-delà des élections car chaque jour qui passe, il y a de nouvelles naissances et des décès qui doivent être enregistrés. Il y a aussi des personnes qui changent d’adresse. En RDC, les mouvements sont incessants au sein d’une même ville ou entre les provinces. Tout cela doit être rapporté au Fichier général de la population. Evidemment, au bout de tout cela, il y a la délivrance de la carte d’identité nationale pour les Congolais résidant au pays ou dans la diaspora ainsi que de la carte de résident pour tous les étrangers vivant en République démocratique du Congo.

Combler le besoin d’une carte d’identité

Tout cela bien compris, il n’y a aucune raison de vouloir à tout prix lier l’identification de la population aux arrière-pensées électorales. Bien sûr, le Fichier général de la population peut aider à une bonne organisation des élections dans la mesure où il donnera le nombre exact d’habitants par circonscription électorale pour déterminer le quota des députés par exemple. Ce fichier pourra aussi générer par un clic la liste des Congolais majeurs pour constituer le fichier électoral.

Dans l’opinion, le besoin d’une carte d’identité se fait de plus en plus en sentir. Et des voix s’élèvent pour réclamer une carte d’identité et l’identification de la population. Une certaine opinion s’indigne de voir que les véhicules, les maisons,… ont des pièces d’identité mais pas les hommes. Le Directeur général de l’Office National d’Identification de la Population s’exclamait à juste titre que la République démocratique du Congo est un « pays des sans papier ». Des simples citoyens ou encore des mouvements citoyens appellent à remédier à cet état des choses. Beaucoup ont foi en l’engagement du Chef de l’Etat à doter les citoyens congolais d’une carte d’identité avant la fin de l’année 2022. Si ce deadline est respecté, il n’y a vraiment pas de quoi s’inquiéter pour la tenue des élections en 2023.

Par ailleurs, l’exigence de l’identification de la population n’est pas une particularité congolaise. Les Nations Unies, dans le cadre des Objectifs de Développement Durable, recommande que chaque Etat puisse doter ses citoyens d’une identité (ODD 16.9). D’autres textes signés par la RDC vont dans le même sens. L’identification de la population devient même une nécessité urgente face au vœu exprimé par les dirigeants dans le cadre de l’intégration sous-régionale et régionale. Il y a lieu d’avoir un certain contrôle sur la libre circulation des biens et des personnes.

Ce qui est certain et que l’on ne peut aujourd’hui prétendre vouloir bâtir un Etat moderne sans connaître l’effectif et la localisation de sa population à travers le territoire national. Pour l’Etat congolais, c’est une question de souveraineté et de maîtrise de sa population et pour la population, ce sera une fierté d’avoir une identité et une nationalité incontestables reconnues par tous.

E.K.D./C.P.

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