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RDC: Félix Tshisekedi mêle dangereusement sa pratique religieuse aux grands défis de la Nation

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Après le 6 avril 2021 à Nkamba, Quelle dynamique des forces religieuses en RDC ?

Nkamba, ce jour du 6 avril 2021 : des célébrations qui ont accompagné le jubilé de cent ans du kimbanguisme en République démocratique du Congo marqueront encore longtemps les mémoires. Ce ne sont ni la date de naissance du Prophète, ni celle de la reconnaissance légale de son mouvement par le pouvoir colonial en 1959 qui ont été retenues. Mais bien celle du 6 avril 1921. Le jour du premier miracle salué par la tradition orale des Kimbanguistes  comme le point départ officiel de l’action publique du kimbanguisme dans l’ex Congo belge.  

Ce 6 avril 2021 à Nkamba, la mémoire du 6 avril 1921est marquée d’une intention louable. Séance tenante, le Président Felix Tshisekedi lance solennellement l’idée de la proclamer jour férié et chaumé, prenant à témoin pour cela les deux sommités du Parlement congolais, qui rehaussaient eux aussi de leur présence cette  cérémonie. Aux USA et en Afrique du sud, dans les cas de Martin Luther King et de Nelson Mandela, ce sont respectivement leurs propres   dates de naissance qui ont été instituées et honorées. Au Congo, non. Ce qui laisse une certaine ambiguïté dans les esprits, s’agit de la célébration du 6 avril 2021. Qu’est-ce qui est honoré ? La personne et l’œuvre du Papa Simon Kimbangu ou le ministère et l’action de son Eglise ?  En retenant visiblement le dernier choix, l’État crée des malentendus susceptibles de générer des querelles confessionnelles. Car , chaque entité religieuse peut prétendre à la même reconnaissance.

A ces interrogations s’ajoute une certaine difficulté à cerner le visage même du kimbanguisme à travers l’histoire. Osons la question : quelle est en fait l’Eglise kimbanguiste légitime ? La réponse censée serait : celle de Nkamba. L’Eglise dont le Chef spirituel est Son Eminence Simon Kimbangu Diangana. Or, la multiplicité de dissidences, la diversité des réseaux, celle des groupements plus ou moins importants et antagoniques, ne sont pas à balayer d’un revers de main ? Scissions et séparations : Pourquoi faut-il toujours les considérer d’emblée de manière négative ? Qu’y a-t-il d’infâme qui conduit à n’en  retenir que ce qui ne va pas ? Ruptures et séparations sont inhérentes à tous les phénomènes complexes. Le kimbanguisme est plus qu’une Eglise. A l’échelle de l’Afrique, c’est un mouvement de grande assise symbolique et humaine. Une réalité historique qui a charrié des intégrations multiformes et riches. Ses tensions et claquements sont comparables aux situations connues dans l’histoire et les équilibrés d’autres spiritualités dans le monde et sur le continent.

Dans sa préhistoire directe, il y a eu le nguzisme. Une effervescence prophétique agissant sur les deux rives du fleuves Congo et impactant pareillement l’Angola. En amont de ce nguzisme, l’action et l’inspiration du protestantisme. Notamment de par la disponibilité de la Bible en kikongo, favorisant le rapport de chacun avec Dieu sans une lourde intermédiation des institutions ou des hommes : ce fut un contexte déterminant. Papa Simon n’a pas été qu’un  catéchiste de la Mission baptisme anglaise fortement implantée dans la région, mais encore un fervent prédicateur de cette dénomination. Pendant les années sombres de persécution, les adeptes kimbanguistes sortis de la clandestinité se sont rapprochés des paroisses protestantes. Beaucoup ont rejoint l’Armée du salut, à cause parait-il de la lettre « S… » ornant les casquettes et  uniformes.  Le « S »  se chuchote : c’est le code de « Simon ».  L’héritage salutiste le plus sonore aura été cependant la fanfare, les manières vestimentaires et  militaires. 

Aujourd’hui, il est compliqué d’évoquer ces signes marqueurs en toute liberté, avec sérénité. Méfiances et exclusions respectives ;  efforts de construction d’identités de part et d’autre ; repliement et crispation des quant-à-soi : toucher à cette question des « origines » c’est comme jouer avec des produits inflammables. L’accusation  de révisionnisme, de négationnisme, ne sont jamais loin. Toutefois le devoir des historiens n’est-il pas cependant de reconnaitre ce qui le mérite, de relever  ce que l’on tait ? Les générations passent. Qui nommera pour elles les héritages, leurs entremêlements, si les omissions et déformations commandent tout le reste ?

Puisque au sein du mouvement prophétique déjà mentionné, l’Eglise de Nkamba occupe une place spécifique, il s’agit d’admettre peut-être qu’il  existe un « kimbanguisme selon la chair » et un « kimbanguisme selon l’esprit ». Chacun a pu être  en contact avec un kimbanguiste par le biais social  ou familial. Avant l’attractivité actuelle des Eglises de réveil, la chose était encore plus réelle. La visibilité du kimbanguisme dépassait ses aspects extérieurs de religion populaire.

Dans les années 1960-1970, les instances protestantes du pays et à l’étranger ont concouru  au rapprochement de l’Eglise kimbanguiste avec les organisations ecclésiastiques mondiales. Le rayonnement est tel que le nom de Simon Kimbangu est invoqué même en des milieux inattendus. Par patriotisme ou panafricanisme, nombreux sont des jeunes qui se réclament du Prophète et/ou de Lumumba. Sans qu’ils aient pourtant d’attaches spirituelles particulières  avec le kimbanguisme organisé ! Tant et si bien qu’il semble juste de dissocier les rattachements institutionnels et identitaires (le « kimbanguisme selon la chair ») de ceux qui se réclament de l’esprit   d’origine du mouvement, le recours au nationalisme noir, à l’esprit d’insoumission, de prise de risque et des ruptures (le « kimbanguisme selon l’esprit »). Culturellement, ce dernier trait caractérise fondamentalement le protestantisme. Pour le meilleur et pour le pire.

Paradoxe : le 6 avril, lors de la célébration du jubilé centenaire, aucun représentant national du protestantisme ne figurait parmi les VIP religieuses et politiques présentes à Nkamba. Que les dirigeants kimbanguistes se montrent peu empressés envers leurs homologues catholiques romains, quoi de surprenant quand on sait la martyrologie infligée au mouvement prophétique naissant par l’administration coloniale, harcelée par les missionnaires belges ! Et même ainsi. Voici plus de trente années, des chaleureuses cérémonies, menées tambour battant, avaient conduit des groupes et des autorités spirituelles de Nkamba à Bruxelles, visant la réconciliation avec les Noko. L’Eglise catholique belge était de fait concernée par cette paix des mémoires.

Rien de tel n’a eu lieu entre kimbanguistes  et protestants. Sans relâche la Mission baptiste anglaise avait malgré tout milité en faveur de Papa Simon. La peine capitale réclamée contre lui fût commuée en réclusion à perpétuité.

Les enjeux d’aujourd’hui, ici au Congo (ainsi la Ceni) comme à l’extérieur ( divers partenariats, le Conseil œcuménique des Eglises à Genève, etc.) déplace les critères d’affinités, de compétition, voire de rivalités. En cultivant jalousement leurs distances vis-à-vis de l’ECC, comme surtout vis-à-vis de  l’Eglise romaine au Congo, certains milieux kimbanguistes paraissent toujours travaillés par le rêve d’exclusivité ecclésiale, le désir de se faire  accepter comme l’unique « Eglise authentiquement nationale ». Une image astucieusement vendue en Afrique et en Occident. Cette réputation titille la convoitise des sphères politiques, depuis Mobutu jusqu’à nos jours. Il est des représentants kimbanguistes qui  ne considèrent pas l’inféodation au pouvoir en place comme posant nécessairement un problème.

 A Nkamba, on a pu relever de la bouche du Chef spirituel  des mots tels que « respect » de l’autorité temporelle, et « apolitique ». Non pas au sens de neutralité, mais sans doute pour se différencier des prises de position trop fréquentes de la Cenco,  décriées comme partisanes, hâtives  ou mobilisées par d’intérêts inavouables.  

Membre fervent  d’une Eglise de réveil, garant par ailleurs de la Constitution, le Président Félix Tshisekedi mêle joyeusement sa pratique religieuse aux grands défis de la nation ! Il n’est pas le seul en Afrique. En quel sens entendre alors la « laïcité »  de l’Etat compte tenu de ces évolutions ? Les improvisations du Chef de l’état dans ce domaine paraissent souvent de bonne foi, sympathiques. Mais pour combien de temps ? En adoubant les kimbanguistes, comme on l’a vu, ne contribue-t-il pas à figer une dynamique de méfiances au sein des forces spirituelles de son pays ? Dès lors, comment être épargné des suspicions électoralistes, comment échapper à l’accusation de clientélisme politique ?

La Plate-forme des forces religieuses de la RDC a du pain sur la planche ; elle est surtout soumise désormais à une dure épreuve. Si l’utopie d’un axe socioreligieux kimbanguisme-Eglises de réveil parait improbable, l’on sait aussi que les  particularismes les plus solides cèdent facilement face aux  intérêts bien compris. Vient le moment où des alliances conjoncturelles épousent les contours des offres d’opportunité.  Quid de la cohésion nationale ?

Philippe B. Kabongo-Mbaya

Institut œcuménique de Théologie

Rabat                                                                                                           Paris, avril 2021

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