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Impasse autour de la désignation des animateurs de la CENI: Les raisons du silence de la communauté internationale

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Alors que le processus de désignation des nouveaux dirigeants de la Commision Électorale Nationale Indépendante (CENI) capote en République Démocratique du Congo, la communauté internationale brille par un silence inhabituel. Les traditionnels appels au calme auxquels la communauté internationale, mieux les pays occidentaux ont habitué les congolais manquent à l’opinion. Alternance.cd a interrogé pour vous, Georges Lohalo, spécialiste du système international post-guerre froide, des relations sino-américaines et de la coopération Chine-Afrique.

Du point de vue de ce ce chercheur, deux variables expliqueraient le silence de la communauté occidentale face aux tensions politiques enregistrées ces derniers jours en République Démocratique du Congo.

Habituée à réagir sur toute situation inquiétante qui se passe en République Démocratique du Congo, la Communauté internationale, mieux, la communauté occidentale est aphone.

Les discours clivages montent d’un cran au Congo Kinshasa. Depuis l’échec des confessions religieuses à se mettre d’accord autour du candidat président de la CENI, on assiste à un déferlement d’escarmouches verbales. La situation a failli dégénérer dimanche 1er août 2021, avec l’attaque de l’archevêché de Kinshasa par un groupe de jeunes en colère, qui ont proféré des paroles méchantes à l’endroit du cardinal Fridolin Ambongo.

La classe politique dans son ensemble a dénoncé ces attaques et a appelé à la tolérance. Pourtant habitués à réagir presque promptement quand ça ne va pas en RDC, les pays occidentaux ne pimpent mot.

L’encrage politique de Félix Tshisekedi

Selon Georges Lohalo, ce silence tiendrait essentiellement à deux variables d’ordre interne et externe.

Au plan interne, ce spécialiste de la politique étrangère chinoise épingle notamment la longue période d’instabilité politique dont est sortie la RDC à la faveur de la première passation civilisée du pouvoir de son histoire.

« La RDC sort d’une longue période de grande instabilité politique depuis les années 90. Nous étions dans une longue transition de 1990 à 2006. Il y a eu des changements de régimes (Mobutu-Laurent Désiré Kabila-Joseph Kabila), des guerres et des élections. En dépit du fait qu’il n’avait pas d’encrage politique, Joseph Kabila a tenté beaucoup de chose dont certaines ont réussi, notamment l’entrée des Chinois comme concurrents directs des américains au Congo; il y a eu les cinq chantiers…C’est ce qui a fait que la communauté occidentale ne puisse pas porter à cœur Joseph Kabila », rappelle-t-il.

Il fait remarquer que beaucoup d’observateurs internationaux penseaient que Joseph Kabila n’avait pas la volonté de quitter le pouvoir et qu’il fallait financer les ong et les opposants pour l’en faire partir.

« C’est la situation qui a prévalu pour que l’Occident puisse faire beaucoup de bruits. Avec l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi Tshilombo, la donne a changé. Conscient de son encrage politique hérité de son père, Etienne Tshisekedi, l’Occident considère qu’il est inséré dans la société et donc, il bénéficie d’une sorte de présomption de la maîtrise des problèmes qui préoccupent la population et la classe politique congolaise », révèle Georges Lohalo. Il cite également comme facteur interne, le rapprochement entre l’actuel Chef de l’Etat et la communauté Occidentale, avec à sa tête les États-Unis d’Amérique dont s’était détourné son prédécesseur.

L’Occident trop concentré sur ses propres problèmes

La variable externe qui fait que les puissances occidentales ne se pressent pas pour réagir à ce qui se passe actuellement en RDC s’expliquerait par le double problème qui frappe le monde occidental. « La deuxième variable est le fait que la communauté occidentale est frappée doublement par la montée en puissance de la Chine et d’autres menaces à sa stabilité, notamment le terrorisme et la Covid-19. L’occident est très préoccupé à renvoyer l’image d’une communauté organisée, qui peut toujours faire face aux crises », relève Georges Lohalo.

Il affirme que la Covid-19 a permis à tout le monde de voir que l’Occident est aussi vulnérable. Du coup, les puissances occidentales se sont retranchées stratégiquement pour travailler de l’interne afin de sauver leur face.

C’est dire que ceux qui espèrent voir les États-Unis, la France, la Belgique, le Canada et consorts prendre à bras le corps l’impasse autour de la désignation des animateurs de la CENI risquent d’être déçus.

Georges Lohalo a un diplôme de Maitrise en Relations Internationales de l’Université des Affaires Etrangères de Chine (外交学院) et est Doctorant en Relations Internationales à l’Université Normale du Centre de la Chine (华中师范大学). Il étudie le système international post-guerre froide, les relations sino-américaines et la coopération Chine-Afrique. Il est auteur de plusieurs œuvres d’esprit.

RD44

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