Home Société Patrick Muyaya : «Steve Wembi n’a jamais été arrêté »

Patrick Muyaya : «Steve Wembi n’a jamais été arrêté »

10 min read
0
0

Ça tweete dans tous les sens depuis lundi 24 octobre 2022. Plusieurs internautes et médias dénoncent ce qui est présenté comme « enlèvement » par les uns, une « arrestation» ou encore une « disparition » par les autres, du journaliste Steve Wembi. Alors qu’il y a plus de questions que de réponses sur ce qu’on reprocherait au correspondant de New York Times et sur ce qui lui est réellement arrivé, le Porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a démenti les rumeurs de sa prétendue arrestation.

Ayant le devoir de dire la vérité au peuple, les journalistes marchent sur les œufs en période de guerre. Naviguant entre le secret-défense et l’obligation qui leur incombe de dire la vérité sur la situation qui se passe sur le terrain, certains décident carrément de relayer les informations officielles, pas toujours en temps et parfois peu conformes à la réalité, pour diverses raisons (Lire la position officielle de alternance.cd sur la question Alternance.cd ne publiera plus les informations sur les actes barbares des groupes armés à l’Est )

Choisir entre la vérité et le silence?

D’autres, se bornant au principe sacro-saint de la sacralité des faits, livrent des informations considérées comme vraies du point de vue journalistique, mais qui sont susceptibles de toucher certaines sensibilités.

C’est dire que sur les lieux de guerre, la liberté de la presse et de l’information reste encore à conquérir.

Comme l’a fait remarquer Arnaud Mercier, Professeur à l’université
Paul Verlaine de Metz et Directeur du
Laboratoire “Communication et Politique” au
CNRS (Centre National de la Recherche
Scientifique), dans les pays démocratiques, la censure brutale est inaceptable.

Un cas qui divise la corporation

En République Démocratique du Congo, la relative liberté d’expression et d’écriture des journalistes a donné lieu à l’émergence d’un journalisme qui échappe au contrôle des autorités sur la gestion des informations en provenance du front.

Lire aussi Accusé d’être un intrus des services d’intelligence : La radiation d’Israël Mutombo de la presse réclamée par le RAJEC

Pour revenir à Steve Wembi, il faut reconnaître que son cas divise au sein de la corporation. Si un grand nombre de journalistes lui ont apporté leur soutien après la tentative de son arrestation lundi soir à l’hôtel Léon dans la commune de la Gombe à Kinshasa par les agents de service alors qu’il venait d’assister au briefing hebdomadaire animé conjointement par le ministre de la Communication et médias, Patrick Muyaya ainsi que son collègue des Finances, Nicolas Kazadi, un autre groupe de journalistes estime, à tort ou à raison, que ses tweets sur la situation au front risqueraient de démobiliser les militaires et la population.

Qu’à cela ne tienne, d’aucuns pensent que si le correspondant de New York Times en RDC ne faisait pas bien son travail, il n’allait pas être invité à couvrir les briefings du porte-parole du gouvernement.

Visiblement confus, ce dernier a démenti les rumeurs faisant état de son arrestation.

« Steve Wembi n’a jamais été arrêté par les services. J’ai parlé avec lui tout à l’heure. Il y a un travail qui se fait en cours pour vérifier », a déclaré Patrick Muyaya dans une vidéo relayée par Top Congo FM mardi 25 octobre 2022.

Lire également Situation des journalistes sous l’état de siège dans l’Est de la RDC: JED dénonce l’indifférence du gouvernement

Le Ministre de la Communication et Médias a profité de l’occasion pour assurer que le gouvernement tient à la liberté de la presse « par conviction et pas par obligation (parce que les autres nous demandent de le faire) ».

Affirmant que « nous sommes dans un État de guerre », le porte-parole du gouvernement a expliqué que « les informations liées au déroulement des opérations militaires requièrent une couverture professionnelle ».

Dans la foulée, Patrick Muyaya a annoncé l’ouverture d’une procédure contre le journaliste étranger auteur de la diffusion d’un audio des échanges entre des militaires des FARDC sur le front.

« Nous avons par exemple remarqué, et nous allons engager une initiative dans ce sens, qu’un journaliste étranger s’est permis de publier les conversations de militaires engagés sur le front. Ça ne se fait nulle part. C’est une violation de secret défense mais aussi c’est une forme d’exposition pour nos militaires, parce qu’ils peuvent être retracés par l’ennemi. Donc, nous allons d’abord vérifier si ce journaliste remplit toutes les qualités pour exercer ce métier, et ensuite, il faut trouver une manière pour passer le message. Parce que nous, on n’a pas envie de copier le modèle européen aujourd’hui qui a censuré tous les médias russes parce qu’ils assurent la propagande de la Russie », a tenu à préciser Patrick Muyaya.

Aux dernières nouvelles, le journaliste Steve Wembi serait injoignable même pour les membres de sa famille et ses proches. Où se trouve-t-il ?- Mystère.

Jean Perou Kabouira

Dans la même catégorie

Victime de menaces de mort du député Daniel Safu: Le journaliste Achille Kadima encouragé à saisir la justice