Le retour au pays de l’ancien président Joseph Kabila par Goma, ville sous contrôle de l’AFC/M23, suscite des vives critiques. L’analyste politique Claude Kabi Batasema y voit non pas une initiative de paix, mais une manœuvre politique ambiguë, voire complice d’intérêts rebelles.
Ce juriste note avec inquiétude que Joseph Kabila a choisi de se mettre en vedette dans un contexte où l’on commençait à entrevoir une sortie de crise. Il juge suspect que ce retour coïncide avec une période critique.
« L’ancien président Joseph Kabila est sorti de son silence quand on s’est rapproché d’une désescalade avec notamment le processus de paix de Luanda et l’annonce des pourparlers de Doha. Il a commencé par une sortie médiatique ratée, une tribune publiée dans un journal sud-africain à travers laquelle il avait pris fermement position en faveur des agresseurs de notre pays qui, comptent à leur actif, plusieurs millions de morts. Depuis lors, et son fameux retour par la partie orientale du pays, tous les signes indiquent qu’il est un des mentors de l’AFC/M23», explique Me Claude Kabi.
Il considère que le dernier discours du sénateur à vie était une sorte de mascarade, une façade destinée à justifier sa présence à Goma plutôt qu’un réel engagement pour la paix.
« C’est vrai que tout citoyen congolais est libre de se déplacer partout à travers le pays et peut apporter sa contribution pour la résolution de la crise actuelle. Mais quand on a été à la tête de ce pays pendant plus de dix-huit ans, et qu’on n’a pas réussi à résoudre les problèmes des groupes armés, ce n’est pas maintenant que l’on est un simple ancien chef de l’État fugitif et exilé politique volontaire que l’on peut prétendre détenir un bâton magique », peste-t-il.
Pour maître Claude Kabi Batasema, autant on ne peut refuser à aucun citoyen congolais de se déplacer à travers le territoire national, autant les congolais qui sont porteurs d’un certain statut comme celui d’ancien chef d’État et sénateur à vie devaient se soumettre aux lois qui régissent leur rang.
« Parce que les leaders de l’AFC/M23 évoquent la visite d’une délégation de l’ECC/CENCO à Goma pour légitimer le séjour de Joseph Kabila, devons-nous leur rappeler que les prélats catholiques et protestants avaient un plan de sortie de crise qu’ils avaient d’abord présenté au président de la République et aux autres acteurs politiques ainsi qu’aux forces sociales avant de se rendre à Goma ? Bien plus, il n’est un secret pour personne que les services compétents et la justice militaire considèrent Kabila comme complices des agresseurs de l’AFC/M23. Et c’est à ce titre qu’il a perdu ses immunités au sénat. Dans ce contexte, sa présence à Goma confirment le dicton selon lequel « l’assassin revient toujours sur le lieu du crime», souligne-t-il.
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Me Claude Kabi Batasema martèle que si Joseph Kabila était sincère dans ses prétentions de chercher la paix, il allait revenir à Kinshasa, siège des institutions, pour présenter ses moyens de défense au sénat et à la justice militaire.
« C’est seulement une fois disculpé, poursuit-il, que l’ancien chef de l’Etat pouvait se rendre, s’il le voulait, à Goma ou ailleurs, sans qu’on lui prête de mauvaises intentions ».
Pami Halele

