Créée ex nihilo en hommage au tout premier Premier ministre de la République démocratique du Congo, Patrice Emery Lumumba, Lumumbaville peine toujours à prendre forme. Dépourvue d’infrastructures sociales de base et de services publics essentiels, cette ville symbolique reste, à ce jour, loin de jouer le rôle ambitieux que lui avait assigné le président de la République, Félix Tshisekedi, en la rendant officiellement opérationnelle.
Mais un nouvel élan pourrait changer la donne. Le député national Léonard She Okitundu, élu de cette circonscription, propose une approche novatrice pour rompre l’isolement et l’enclavement de Lumumbaville : lui attribuer le statut de « zone économique spéciale ».
Il a formellement soumis cette proposition au gouvernement.
Dans une correspondance adressée à la première ministre, Judith Suminwa, il plaide en faveur de cette mesure, jugée à la fois efficace et porteuse d’espoir. Ce statut conférerait à Lumumbaville une attractivité nouvelle, susceptible d’attirer investisseurs, partenaires techniques et financiers, tout en amorçant un processus durable de développement local.
La lenteur dans la réalisation des projets initiaux à Lumumbaville s’explique en grande partie par le contexte national difficile, marqué notamment par la guerre d’agression imposée à la République démocratique du Congo par le Rwanda et ses supplétifs. Cette guerre injustice a obligé le gouvernement congolais à rediriger une part considérable de ses ressources vers les dépenses de défense. En conséquence, plusieurs projets d’infrastructures, dont ceux prévus à Lumumbaville, ont été mis en veille.
Une réponse adaptée au contexte et au calendrier symbolique

Conscient de ces contraintes, Léonard She Okitundu propose une solution pragmatique et opportune, profitant des commémorations du centenaire de la naissance de Patrice Emery Lumumba pour faire avancer ce projet emblématique.
« Or, étant donné que le pays est encore confronté actuellement à une situation géopolitique délicate qui obère substantiellement le Trésor public, il serait de bonne politique pour ce faire— afin de gagner du temps— que le gouvernement prenne des mesures incitatives susceptibles de susciter l’attractivité dudit projet auprès des partenaires », a-t-il souligné dans une correspondance consultée par la rédaction d’alternance.cd.
Les zones économiques spéciales (ZES) offrent en effet plusieurs avantages, notamment les exonérations fiscales, simplification des démarches administratives, infrastructures adaptées… Autant d’atouts qui pourraient accélérer le développement de Lumumbaville encore à l’état embryonnaire.
D’où la demande suivante de She Okitundu à la première ministre:
«Une des mesures significatives consisterait à ce que, en cette année du Centenaire de la naissance de notre Héros national, votre gouvernement confère, à titre exceptionnel, le statut de « zone économique spéciale» à Lumumbaville avec tous les avantages qui en découleraient au bénéfice des divers intervenants potentiels.»
L’ancien chef de la diplomatie congolaise souligne que « ce statut contribuerait efficacement à booster le processus d’urbanisation et de modernisation de l’endroit rural où naquit Patrice Emery Lumumba tel que souhaité par le chef de l’État lors de sa visite dans la localité. »
Il a rappelé au-delà de la symbolique, l’ambition présidentielle, en créant Lumumbaville était de faire de cette ville « un site emblématique ayant vocation à devenir un lieu touristique voire de pèlerinage international», de même qu’un pôle de développement économique local.
Un appel à une synergie nationale et internationale
Le député national Léonard She Okitundu fait remarquer que la réalisation de ce projet requiert des moyens considérables et un partenariat tripartite entre le secteur public, les investisseurs privés et les partenaires au développement.


Dans cette optique, le statut de zone économique spéciale apparaît comme un levier structurant.
Une telle transformation permettrait à Lumumbaville d’attirer des capitaux, de créer des emplois, de favoriser l’industrialisation locale, et, à terme, d’améliorer les conditions de vie de la population.
La balle est désormais dans le camp de la première ministre et de son gouvernement. L’avenir de Lumumbaville se trouve donc entre les mains de Judith Suminwa. Cette dernière est appelée à poser un acte fondateur, à l’occasion de ce centenaire hautement symbolique.
En agissant dès maintenant, elle poserait les prémices de la construction de Lumumbaville et participerait à la concrétisation d’un projet historique et stratégique.
Robert Djanya

