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Appréciation du franc congolais : une manne pour les politiques et les cambistes, mirage pour la population

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Le léger redressement du franc congolais enregistré depuis quelques jours fait l’objet d’une véritable guerre de paternité entre le gouvernement et la Banque centrale du Congo (BCC). Les changeurs de monnaie, eux, en profitent pour se remplir les poches frauduleusement, faute d’un suivi rigoureux et d’une communication officielle de l’autorité monétaire.

Économistes et autres experts des questions financières multiplient les analyses pour expliquer les causes de l’appréciation actuelle du franc congolais par rapport au dollar américain.

Lors de sa réunion hebdomadaire du mardi 23 septembre, présidée par la première ministre Judith Suminwa Tuluka, le Comité de conjoncture économique (CCE) a attribué ce rebond à une synergie d’actions entre le gouvernement et la BCC, expliquant qu’il résulte notamment de l’ajustement des réserves obligatoires et d’une stricte discipline budgétaire.

Une explication que rejette visiblement en bloc le député national Flory Mapamboli, qui attribue l’appréciation du franc congolais à la BCC, en faisant remarquer que cette appréciation ne peut être bénéfique que si elle se reflète sur les prix des biens et services.

« L’appréciation du franc congolais est la conséquence de la combinaison de plusieurs instruments de la politique monétaire (restrictive). Il s’agit du taux d’intérêt directeur, de la réserve obligatoire, des opérations d’open market, comme l’intervention de la BCC sur le marché de change, etc. À cela, il faut ajouter les effets du commerce international (…)La politique budgétaire actuelle étant expansionniste, la trésorerie publique fonctionnant sur base caisse, elle n’exerce qu’une influence marginale sur les fluctuations monétaires», explique l’élu de Kasongo-Lunda dans une publication sur son compte X.

Ce proche de l’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi poursuit que l’inflation n’est pas totalement expliquée par la théorie quantitative de la monnaie, surtout dans une économie congolaise dollarisée.

« Chez nous, elle est, dans la plupart des cas, importée, tout simplement parce que nous importons une bonne partie de ce que nous consommons, notamment les produits alimentaires et les boissons non alcoolisées. La stabilité des prix actuelle est due en bonne partie à la décélération de l’inflation au niveau mondial », martèle Flory Mapamboli, en dénonçant les « populistes du gouvernement » qui, selon lui, abrutissent la population.

Effet André Wameso ?

Sur les réseaux sociaux, des défenseurs de certains membres du gouvernement, dont le ministre des Finances Doudou Fwamba, leur attribuent la baisse du taux de change, mettant l’accent sur le resserrement budgétaire strict vanté lors de la réunion du CCE du mardi dernier.

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Les sympathisants du gouverneur de la BCC, André Wameso, ne l’entendent pas de cette oreille. Ils sont de plus en plus nombreux à soutenir que le bond actuel du franc congolais est le fruit d’une politique monétaire plus rigoureuse, mise en place par le numéro un de la Banque centrale du Congo.

À chacun son explication et son champion, mais le peuple, lui, attend impatiemment du concret.

La population arnaquée par des changeurs véreux

Censée soulager la souffrance de la population, l’appréciation de la monnaie locale se transforme en malheur pour certains.

Des changeurs de monnaie, appelés communément « cambistes », profitent de la situation pour arnaquer la population.

En effet, le taux varie selon le changeur et l’endroit où l’on se trouve.

C’est ce qu’a constaté, ce mercredi 24 septembre 2025, un reporter d’ alternance.cd qui a changé deux billets de 10 USD auprès de deux cambistes différents au rond-point Huileries, respectivement à 26 000 et 27 000 francs congolais (CDF).

Un peu plus d’une heure plus tard, il est revenu auprès de l’un d’eux et a changé un autre billet de 10 USD, cette fois-ci à 25 500 CDF.

À une centaine de kilomètres de là, un autre changeur a donné à un client la somme de 25 000 CDF en échange d’un billet de 10 USD.

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À environ un kilomètre de là, un cambiste basé non loin de l’UNISIC (ex-IFASIC) a affiché le taux de 2 550 CDF, alors que tous ses collègues, sans afficher, changeaient au taux de 2 600 CDF.

Autant dire que l’appréciation actuelle du franc congolais ne bénéficie, jusqu’à présent, qu’aux acteurs politiques – qui veulent en tirer des dividendes –, et à des cambistes véreux.

La population, elle, attend la baisse des prix des biens et des services pour commencer à jubiler.

Anny Kanyama

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