La paie du mois d’octobre 2025 se fait toujours attendre dans une grande partie de l’administration publique de la République démocratique du Congo. Cette attente, habituellement de trois à six jours au dernier trimestre de l’année, s’est exceptionnellement prolongée. Elle s’expliquerait par un bras de fer opposant deux membres du gouvernement, tous deux acteurs clés du processus de paie de l’État.
Il s’agit du vice-premier ministre, ministre du Budget, Adolphe Muzito, et du ministre des Finances, Doudou Fwamba. Il n’est un secret pour personne que ces deux membres du gouvernement Suminwa II se disputent certaines attributions et qu’ils ont déjà été réconciliés par la première ministre Judith Suminwa. Mais le conflit semble avoir franchi un nouveau palier… au point d’affecter, voire de bloquer, la paie du mois d’octobre.
Selon la presse proche de Doudou Fwamba, ce dernier aurait reçu, avec plus de quinze jours de retard sur le calendrier initial, l’état liquidatif contenant « des ajouts non validés ». Ces ajouts s’élèveraient à environ 5,5 millions de dollars par mois.
D’après cette même source, dont les informations sont à prendre avec des pincettes, le ministre des Finances aurait ordonné le retraitement complet de l’état liquidatif afin d’en retirer les noms jugés non autorisés. Il aurait ensuite, après réception des listings de paie rectifiés, mis à la disposition des banques les enveloppes de rémunération.
L’autre version
Selon nos informations, la version précitée ne reflète pas les véritables raisons du renvoi, par le ministre des Finances, de l’état liquidatif au ministère du Budget.
En réalité, Doudou Fwamba aurait conditionné sa validation à la reconduction pure et simple des listings de paie du troisième trimestre de l’année.
Motif avancé : ses exigences n’auraient pas été prises en compte dans les ajustements opérés à la direction de la paie du Budget.
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Pourtant, indique-t-on, c’est sur décision du gouvernement, conformément aux accords de Bibwa, que des mécanisations ont été autorisées.
« Tous les ajouts, révèle une source interne, ont été validés, contrairement à ce qui a été distillé dans l’opinion ces derniers jours, et par le vice-premier ministre, ministre de la Fonction publique, et par le vice-premier ministre, ministre du Budget. Ce n’est que le ministre des Finances qui s’y est opposé et a mis son veto qu’il s’est octroyé. »
De dizaines des milliers des victimes
De ce fait, le prétendu retraitement complet de l’état liquidatif n’aurait servi à rien, l’argentier national ayant décidé unilatéralement de reconduire les listings des mois de juillet, août et septembre.
Cette situation pénalise des milliers d’agents et de fonctionnaires de l’État qui attendaient leur mécanisation au quatrième trimestre.
Parmi eux figurent les agents de l’Agence congolaise de presse (ACP), qui ne pourront plus, sauf miracle, voir appliqué en octobre 2025 le barème salarial prévu par l’arrêté interministériel de 2020.
Il en est de même pour les agents du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), qui devront encore patienter plusieurs mois après avoir subi vingt-huit mois d’arriérés de salaire.
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D’autres victimes du conflit entre Doudou Fwamba et Adolphe Muzito se comptent par dizaines de milliers dans l’administration publique et d’autres services de l’État.
À cela s’ajoutent les fonctionnaires et agents habituellement payés à temps, qui ont, cette fois, enregistré un retard d’environ deux semaines dans la perception de leur salaire.
Pami Halele

