Alors que les autorités congolaises ont ouvert un dossier judiciaire contre Roger Lumbala, la justice française poursuit l’ancien chef rebelle pour complicité de crimes contre l’humanité commis entre 2002 et 2003 dans l’est de la RDC. Elle demeure insensible aux demandes d’extradition formulées par Kinshasa, tout comme à l’exigence du prévenu et de ses avocats de le voir jugé par son magistrat naturel.
Sous couvert du principe de compétence universelle inscrit dans le code de procédure pénale français, Paris empiète sur la souveraineté judiciaire de la République démocratique du Congo.
Arrêté à Paris le 29 décembre 2020 et détenu à la prison de la Santé depuis janvier 2021, Roger Lumbala, 67 ans, est poursuivi pour participation présumée à des crimes contre l’humanité commis entre juillet 2002 et décembre 2003 dans les provinces de l’Ituri et du Haut-Uélé. À l’époque, il dirigeait le Rassemblement congolais pour la démocratie–National (RCD-N). La justice française l’accuse d’avoir facilité ou pris part à des actes de torture, de meurtre et à diverses exactions contre des civils.
Soucieuse de faire valoir sa compétence naturelle, la justice congolaise a ouvert sa propre procédure. Le gouvernement a officiellement saisi la France afin d’obtenir l’extradition de ce citoyen congolais pour qu’il réponde de ses actes devant les juridictions nationales.
Trois demandes d’extradition rejetées par la France
Selon des documents consultés par alternance.cd, le Bureau de l’entraide pénale internationale (BEPI), dépendant de la Direction des affaires criminelles et des grâces du ministère français de la Justice, a bel et bien reçu trois demandes d’extradition de la RDC concernant Roger Lumbala, toutes transmises par voie diplomatique.
La première, datée du 26 novembre 2013, renvoie à un mandat d’arrêt international émis le 28 octobre de la même année pour trahison, atteinte à la sûreté intérieure de l’État, organisation d’un mouvement insurrectionnel et terrorisme.
Lire aussi Elections et agression de la RDC: la vigilance à géométrie variable d’António Guterres
La deuxième, reçue le 26 mars 2025, évoque l’ouverture en RDC de poursuites judiciaires contre Roger Lumbala pour organisation d’un mouvement insurrectionnel, association de malfaiteurs et crimes contre l’humanité.
La troisième demande, reçue le 18 octobre 2025, également par voie diplomatique, était assortie d’extraits du droit pénal congolais réprimant notamment le complot contre la vie du chef de l’État, la trahison, l’association ayant pour objet d’attenter aux personnes ou aux biens, ainsi que l’attentat visant à renverser un régime constitutionnel.
Cette dernière requête était en outre accompagnée d’un mandat d’arrêt international émis par le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde.
Face à ces trois démarches, la justice française a opposé un refus catégorique. Motif avancé : les demandes seraient « incomplètes et imprécises quant aux faits reprochés à l’intéressé et aux fondements sur lesquelles elles reposent », selon le BEPI.
Une posture jugée incompréhensible au regard de ce que Kinshasa considère comme une atteinte manifeste à la souveraineté judiciaire de la RDC.
Au-delà de l’affaire Lumbala
L’affaire dépasse le seul cas de Roger Lumbala et met à l’épreuve la capacité de la RDC à juger ses propres ressortissants. Elle soulève également la question de l’ingérence judiciaire et de l’arbitraire de certaines pratiques de la justice française.
Lors d’une conférence de presse le 14 novembre dernier, Me Landry Pongo, l’un des avocats de Roger Lumbala, a exigé l’extradition immédiate de l’ancien chef de guerre vers la RDC. Il a appelé les autorités françaises à se conformer aux démarches officielles entreprises par Kinshasa.
Jean Pérou Kabouira

