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RDC : les Kinois dénoncent l’insécurité, Jacquemain Shabani s’intéresse aux finances de l’Hôtel de ville

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Sous le feu des critiques pour l’inefficacité de son action face aux miliciens Mobondo, à la criminalité urbaine et aux braquages qui minent la vie des habitants de Kinshasa, le vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur, sécurité, décentralisation et affaires coutumières, Jacquemain Shabani, semble vouloir se décharger sur le gouverneur Daniel Bumba. Alors que son propre bilan sécuritaire peine à se dessiner, il est accusé de s’immiscer dans les prérogatives des services publics chargés du contrôle des finances publiques, en ciblant le gouverneur de Kinshasa avec un audit jugé sans fondement légal.

Un profond sentiment d’abandon s’est installé chez les Kinois, de la commune urbo-rurale de Maluku jusqu’au centre-ville à Gombe.

Et pour cause : la Police nationale congolaise, pourtant pilier de l’ordre public, paraît avoir cédé du terrain au profit des kulunas, ces bandes urbaines tristement célèbres qui agressent, volent, blessent et parfois tuent des citoyens sans défense.

Cet échec sécuritaire est largement attribué au vice-premier ministre de l’Intérieur et sécurité, qui non seulement n’a pas modernisé la Police, pourtant indispensable au rétablissement de l’autorité de l’État, mais multiplie aussi les mesures cosmétiques et les effets d’annonce.

Le taux de criminalité, ainsi que les scandales impliquant certains éléments en uniforme, ont fini par donner raison aux membres de l’UDPS/Tshisekedi qui, dès sa prise de fonction, estimaient que Jacquemain Shabani n’était pas l’homme de la situation au ministère de l’Intérieur.

Certes, le gouvernement provincial porte également une part de responsabilité dans la situation sécuritaire actuelle. Mais le statut particulier de Kinshasa, à la fois capitale et ville-province, fait que la sécurité relève d’abord de la compétence du titulaire de la territoriale nationale.

Pourtant, Jacquemain Shabani semble plus présent là où on l’attend le moins.

Dans les couloirs de l’immeuble de la Territoriale (siège du ministère de l’Intérieur), l’on murmure qu’il aurait mal digéré la réponse ferme, mais diplomatique, du gouverneur de Kinshasa à sa lettre exigeant des justificatifs sur la gestion des fonds destinés aux sinistrés des inondations d’avril 2025, dont il était lui-même président de la commission ad hoc. (Lire à ce sujet: Gestion des fonds destinés aux sinistrés d’avril à Kinshasa : cafouillage entre Shabani et Bumba)

Mis en difficulté, il chercherait à se venger et à détourner l’attention de sa propre gestion contestée de cette crise. Quitte alors à s’approprier des compétences qui ne lui reviennent pas ?

Un audit illégal?

En effet, plusieurs experts indépendants de la territoriale estiment que la mission de contrôle initiée par le vice-premier ministre est inconstitutionnelle. Ils rappellent que Kinshasa est régie par le principe de libre administration des provinces, conformément aux articles 3, 171, 195, 198, 204 et 221 de la Constitution. À ce titre, elle jouit d’une autonomie dans la gestion de ses ressources humaines, financières, économiques et techniques.

Kinshasa : deux audits scrutent la gestion de Daniel Bumba

Les ressources de Kinshasa sont distinctes de celles du gouvernement central.
« Conformément à l’article 46 de la loi organique sur la libre administration des provinces, explique un expert, le contrôle des finances de Kinshasa ne peut être exercé que par l’Assemblée provinciale, l’Inspection générale des finances (IGF) et la Cour des comptes. »

Il ajoute que « récuser la mission inconstitutionnelle initiée par Shabani ne revient pas à rejeter le principe de bonne gouvernance ».

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Un ministre provincial a confié à alternance.cd, sous couvert d’anonymat, que l’Hôtel de ville de Kinshasa a travaillé tout au long de l’année 2024 sous l’encadrement de l’IGF, à la demande du gouverneur. (Lire également Kinshasa: Daniel Bumba s’en remet à l’IGF pour l’encadrement des recettes )

« Cette année, rappelle notre source, la ville a déposé son rapport auprès de la Cour des comptes, et un autre rapport a été transmis à la Direction de la réédition des comptes pour rendre compte de la gestion des fonds mis à sa disposition par le gouvernement central. »

Sauf intervention de la hiérarchie, l’on se dirigerait vers un bras de fer entre le vice-premier ministre de l’Intérieur et le gouverneur de la ville de Kinshasa.

Les Kinois eux, exigent à chacun des deux protagonistes de s’occuper de ses attributions pour leur sécurité et bien être.

Jean Pérou Kabouira

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