Comme lors de la précédente édition organisée en Côte d’Ivoire, certaines sélections ont fait leur arrivée au Maroc en tenues traditionnelles pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025. Arrivés à Rabat dans la soirée du jeudi 18 décembre, les Léopards de la RDC ont, eux, opté pour des survêtements. Un choix qui a déçu les amoureux de la sape, lesquels espéraient voir les joueurs congolais « sapés comme jamais ». Ce que beaucoup ignorent toutefois, c’est que la République démocratique du Congo a progressivement perdu de son identité vestimentaire.
Alternance.cd republie, à ce propos, un article publié il y a quelques années et qui reste d’une brûlante actualité.
RDC : Pays sans identité vestimentaire !
La situation est catastrophique. La République Démocratique du Congo, pays des sommités scientifiques et des célébrités politiques internationales est sans identité. Elle se trouve dans la même situation que ses 39 622 citoyens sans identité officielle, recensés par Global ID4D Dataset en 2017. Pour cause, le pays de Lumumba a perdu la culture de la préservation de ses identités vestimentaire, culturelle, linguistique, musicale, culinaire, et même religieuse. Dans le premier volet de cette chronique, nous évoquons l’identité vestimentaire.
La production culturelle, toutes disciplines confondues, est un des critères d’évaluation de la civilisation d’une société. Dans ce domaine, la RDC a perdu son âme et le sens de l’essentiel. La mode vestimentaire congolaise, c’est-à-dire la manière de se vêtir propre aux congolais n’est plus marquée dans la fashion – industrie.
Le constat est sans appel. La garde-robe de beaucoup de congolais, particulièrement de jeunes, est constituée en grande partie des vêtements et accessoires étrangers. Cette préférence pour les marques étrangères, en l’occurrence occidentale, a fait disparaitre la mode vestimentaire locale.
Selon Jeanine Yeta, modéliste et chercheuse dans le domaine vestimentaire, le gouvernement congolais est le principal responsable de l’abandon de la mode vestimentaire congolaise. « Dans l’Administration publique, les universités et autres endroits officiels de notre pays, la tenue officielle est composée d’une veste et/ou d’une chemise avec cravate pour les hommes et d’un pagne avec une blouse pour les femmes. Mais depuis quelques années, la veste et le pantalon ont ravi au pagne son prestige dans ce qu’on appelle tenue de ville », explique-t-elle.

En dehors de ces tenues, on trouve une litanie d’autres allant des jeans, t-shirt, body, collants, dos nus, bustier, déchiré, sauté, robes moulantes aux jupes courtes pour les filles. La particularité c’est de mettre en exergue les parties sensuelles de la gente féminine, ce qui pose un sérieux problème des mœurs même si là aussi, il est difficile de dire ce qui est accepté et ce qui n’est pas accepté au Congo – Kinshasa. Cette tendance est observée aussi chez les hommes qui ont modifié leurs habitudes vestimentaires.
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Si en 1960, année de l’indépendance, les habitants de Kinshasa et d’autres villes de la RDC préféraient porter des combinaisons constituées d’une culotte et chemise blanches, chaussures noires et chaussettes blanches, c’était pour ressembler aux « évolués », qui eux-mêmes s’inspiraient des belges. Les femmes elles, s’habillaient généralement en mini-robes.
D’après John Nzunzi, spécialiste en communication vestimentaire, les chaussures « Goodyear », caractérisées par des grosses semelles ont apparu vers les années 1970. A la même époque, les célèbres pantalons « pattes d’éléphants » et des chemises moulantes apparurent, tout comme le « demi-Dakar », c’est-à-dire une veste ayant une autre couleur que celle du pantalon.
Quand l’habit ne fait plus le congolais

A la faveur de la politique du « recours à l’authenticité » initiée par Feu l’ancien Président Mobutu Sese Seko, « l’Abacost » deviendra la tenue officielle de l’ex-Zaïre, prenant la place de la veste et cravate importées de l’occident dans l’Administration publique.
« L’Abacost a cessé d’être la tenue officielle à partir de l’ouverture du pays au pluralisme politique qui a été décrété le 24 avril 1990 », renseigne John Nzunzi.
Après le départ de Mobutu, le nouveau look du pays rebaptisé RDC sera le « Safari », une veste avec des manches courtes ou longues que l’on porte sans chemise ni cravate. Cette tenue était prisée par M’Zée Laurent Désiré Kabila et beaucoup d’officiels.
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A la question de savoir par quelle tenue peut-on identifier un congolais aujourd’hui, ce spécialiste de la communication vestimentaire indique qu’il est difficile de le savoir. « Les hommes congolais portent presque tout, actuellement. Il y a d’un côté la veste taille à l’occidental et de l’autre, des chemises et robes bazins avec un regard orienté vers l’Afrique de l’Ouest », poursuit-il.
Il y a une certaine catégorie de jeunes mondains qui préfèrent une tenue décontractée et extravagante avec T-shirt, un pantalon jean’s moulant, influencée par les stars de la musique à l’instar de Fally Ipupa, sous l’appellation de « taille – basse ».
Toutefois, depuis l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi, les vestes croisées, très populaires au Congo – Brazzaville ont traversé le fleuve pour se populariser dans la ville de Kinshasa.
La RDC peut-elle avoir une identité vestimentaire ?

