En République démocratique du Congo, les médias ne sont plus les seuls à se livrer à la course au scoop. Les dirigeants politiques semblent désormais eux aussi engagés dans une véritable compétition pour l’exclusivité de l’information. L’empressement de deux membres du gouvernement à annoncer l’approbation par le Fonds monétaire international (FMI) d’un décaissement de plus de 442 millions de dollars en faveur du pays en est une parfaite illustration.
Après les contradictions étalées au grand jour entre le ministère des Finances et la Banque centrale du Congo (BCC) autour des recettes du troisième trimestre de l’année 2025, deux autres entités publiques congolaises se sont précipitées sur un nouveau dossier : le ministère du Budget et celui des Finances.
Dans la nuit du vendredi 19 décembre, le ministère des Finances a annoncé sur ses réseaux sociaux que le Conseil d’administration du FMI a conclu la deuxième revue de l’accord au titre de la facilité élargie de crédit (FEC) et la première revue de l’accord relevant de la facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) en faveur de la République démocratique du Congo.
Le communiqué, publié à 23 h 39, heure de Kinshasa, a précisé que « cette décision permet un décaissement immédiat total de 442 millions de dollars américains, dont plus de 312 millions USD en appui budgétaire, à la suite de l’approbation de la deuxième revue du programme FEC et de la première du programme RST par le Conseil d’administration du FMI ».
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Le ministère des Finances a également tenu à souligner que « cette décision du FMI atteste de la stabilité du cadre macroéconomique, grâce à une meilleure coordination des politiques conjoncturelles, et souligne les progrès réalisés par le gouvernement dans la conduite des régimes des finances publiques, sous le leadership éclairé » du président de la République, Félix Tshisekedi.
Et d’ajouter que « grâce au et appui budgétaire, qui devra atteindre un montant total de 1,8 milliard USD, le barrage hydroélectrique de Katende, la RN7 et le projet COMPACT connaîtront une nette accélération« .
Une même nouvelle, deux communiqués
Environ trois heures et demie plus tard, le ministère du Budget a, à son tour, annoncé la même nouvelle.
« Cette décision traduit la confiance renouvelée du FMI dans la conduite de la politique économique nationale et consacre les résultats des réformes structurelles et de la discipline budgétaire mises en œuvre conformément à la vision du président de la République, Son Excellence Félix Tshisekedi, sous la coordination de la première ministre, Son Excellence Judith Suminwa, et exécutées par le gouvernement, à travers l’action du vice-premier ministre, ministre du Budget, Son Excellence Adolphe Muzito », a tweeté le ministère du Budget à 3 h 00.
Beaucoup d’ego
À la lecture des deux communiqués, se dessine une volonté manifeste du ministre des Finances, Doudou Fwamba, et du vice-premier ministre, ministre du Budget, Adolphe Muzito, de tirer chacun le drap de son côté.
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L’argentier national met ainsi en avant « une meilleure coordination des politiques conjoncturelles » ainsi que les « réformes des finances publiques ».
De son côté, le chef d’orchestre de la vision économique et sociale du gouvernement insiste sur la « discipline budgétaire ».
Doudou Fwamba et Adolphe Muzito cherchent-ils à s’approprier la paternité de la validation par le FMI de ce nouveau décaissement en faveur de la RDC ?
Une rivalité qui n’étonne guère, si l’on se souvient que, quelques mois plus tôt, plusieurs membres du gouvernement s’étaient déjà disputé avec la Banque centrale du Congo la paternité de l’appréciation du franc congolais.
Jean Pérou Kabouira
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