Une vive polémique a éclaté après la diffusion, ce samedi 27 décembre, d’une vidéo montrant l’opposant Parole Kamizelo Sukali, alias « Maîtrisable », demandant pardon pour ses dérapages verbaux envers le chef de l’État. Entre inquiétudes et interrogations, la séquence divise l’opinion publique.
Au lendemain des informations faisant état de son transfert au parquet de grande instance de Kinshasa/Gombe, après plusieurs jours de détention dans un lieu tenu secret, ce cadre du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), parti politique de Joseph Kabila, réapparaît dans une posture jugée dégradante par de nombreux observateurs.
Amaigri mais encore debout, « Maîtrisable », répondant visiblement aux injonctions d’une voix off, présente ses excuses au président de la République et lui demande pardon, en sa qualité de « père ».
Se voulant lucide, il suggère à ses interlocuteurs de privilégier un aspect pédagogique, en prodiguant des conseils aux citoyens en cas de certains dérapages.
Il plaide pour le dialogue, la discussion et le pardon. Là n’est pas le problème. Le malaise est ailleurs.
Dans l’opinion, de nombreuses voix s’interrogent sur les bases légales ayant permis aux services de l’État, qui détiendraient Parole Kamizelo, d’enregistrer ces excuses et de les diffuser sur les réseaux sociaux.
Quand et où a-t-il été jugé et reconnu coupable d’une quelconque infraction ? Qui l’a interrogé et pour quel objectif ?-Autant de questions qui restent sans réponse.
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Certes, plusieurs Congolais avaient été scandalisés par certaines de ses sorties médiatiques, lesquelles lui avaient d’ailleurs valu un embargo médiatique de 90 jours par le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC). Il est également reconnu qu’il a, à plusieurs reprises, tenu des propos choquant la moralité publique.
Mais l’humiliation qu’il semble avoir subie à travers la diffusion de cette vidéo choque presque autant. Pour beaucoup, sa dignité a été gravement atteinte.
« Sur le plan politique, cette mise en scène est une tâche noire sur le bilan du président de la République dans le domaine des droits humains. Ceux qui ont donné et exécuté cette idée ont contribué à salir l’image du régime et du chef de l’État », dénonce un cadre de l’UDPS, parti présidentiel.
Une violation des droits humains
Du côté de l’opposition et de la société civile, les excuses de « Maîtrisable » sont largement perçues comme ayant été obtenues sous contrainte. Un fait assimilé à une violation des droits humains.
« Je dénonce ce qu’ils ont fait subir à ce citoyen. Il a d’abord été séquestré, puis humilié. Dans la vidéo, on entend clairement un homme lui dicter les mots qu’il doit prononcer. Ses déclarations ont été obtenues sous contrainte. Il a été forcé de se rétracter et de demander pardon publiquement pour avoir critiqué le Président de la République et son régime. Ces faits constituent une violation grave des droits de l’homme : séquestration, atteinte à la dignité, violation de la liberté d’expression« , a réagi l’opposante et activiste Gloria Nsengha Panda Shala, elle-même ancienne détenue sous Félix Tshisekedi.
Elle interpelle le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des sceaux, afin que toute la lumière soit faite sur cette affaire.
Anny Kanyama
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