Face à la polémique suscitée autour de l’accord de partenariat stratégique signé entre la République démocratique du Congo et les États-Unis, le vice-premier ministre, ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, et le ministre de la Communication et médias, Patrick Muyaya, sont montés au créneau pour dissiper tout malentendu. Lors d’un briefing de presse conjoint animé ce mardi 30 décembre, les deux membres du gouvernement ont décortiqué le contenu de cet accord, jugé controversé par une frange de l’opinion dont l’opposition et certains prélats catholiques.
Alors que le gouvernement affirme avoir joué la carte de la transparence en rendant publics les détails dudit accord, de vives critiques persistent du côté de l’opposition et, plus récemment, de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO). Son président, Mgr Fulgence Muteba, a notamment affirmé que « les minéraux de toute une nation » ont été bradés « pour sauver un régime ou un système politique », soutenant que l’accord aurait été conclu pour une durée de 99 ans.
D’entrée de jeu, le ministre de la Communication et médias, porte-parole du gouvernement et signataire de l’accord, a tenu à préciser qu’« il ne s’agit pas d’un deal obscur, mais d’un accord de partenariat stratégique clairement défini ».

Patrick Muyaya a souligné que le texte, rendu public dans son intégralité, ne contient aucune clause frappée par le sceau du secret.
Ayant paraphé l’accord au nom de la RDC, le vice-premier ministre, ministre de l’Économie nationale, en a détaillé les principaux axes.
« Sur le contenu de la coopération du partenariat stratégique, il y a quatre composantes : la coopération en matière de sécurité et de défense, la coopération scientifique, technologique et éducative, la formation et les initiatives de renforcement des capacités et la coopération institutionnelle en matière de gouvernance, incluant les réformes judiciaires, les mesures de lutte contre la corruption et le renforcement des capacités de l’administration publique », a expliqué Daniel Mukoko Samba.
Aucun bradage des ressources

Compte tenu de la sensibilité du sujet, le vice-premier ministre s’est voulu pédagogique, adoptant sa posture de professeur d’universités : « Un partenariat stratégique signifie que deux États partagent une vision commune à moyen et long terme, et estiment que leurs intérêts fondamentaux sont étroitement liés ».
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Daniel Mukoko Samba a insisté sur le fait qu’« il n’y a dans ce document aucune liste de mines cédées, aucun investisseur désigné, aucun engagement de bradage des ressources ».
Il a également mis en exergue les avantages attendus de cet accord, notamment l’amélioration de la gouvernance, l’assistance technique dans la lutte contre la corruption, le renforcement de l’administration publique ainsi que la régulation de l’exploitation minière artisanale.

Revenant sur la question des mines, le vice-premier ministre de l’Economie nationale a réaffirmé qu’il n’existe « aucune liste de mines cédées », qu’aucun investisseur n’a été désigné et qu’il n’est nullement question de bradage des ressources. Une manière de couper court aux rumeurs selon lesquelles les minerais congolais auraient été cédés aux américains en échange d’une protection sécuritaire face aux agresseurs et à leurs alliés internes.
Un tel arrangement, a-t-il précisé en substance, ne figure ni dans l’accord de partenariat stratégique ni dans le mémorandum d’entente sur la sécurité signé avec les États-Unis par la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner.
Quid des mécanismes de gestion ?

« Les investisseurs viendront lorsque des projets concrets auront été identifiés par le comité conjoint. Nous irons ensemble, Américains et Congolais, à la recherche de partenaires sérieux. Rien n’a été vendu, rien n’a été cédé », a martelé Daniel Mukoko Samba.
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S’agissant des mécanismes de gestion et de suivi de l’accord, il a indiqué qu’un comité conjoint de pilotage a été mis en place, composé de cinq représentants du côté américain et de cinq autres du côté congolais.
« C’est un forum de coopération bilatérale qui doit être organisé tous les deux ans pour discuter des grandes questions de coopération entre nos deux pays, au regard du contexte bilatéral, mais aussi régional et mondial. Donc, tous les trois ans, nous allons revoir cet accord, peut-être pour améliorer certains éléments et en amender d’autres », a-t-il précisé.
De son côté, le porte-parole du gouvernement a annoncé que l’accord de partenariat stratégique entre Kinshasa et Washington, l’accord de paix du 27 juin 2025 signé entre la RDC et le Rwanda, ainsi que le cadre d’intégration économique régionale ont été regroupés dans un recueil de plus de 100 pages.
Patrick Muyaya a recommandé la lecture de ces documents « pour éviter de tomber dans le piège des personnes de mauvaise foi ».
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