À peine soixante-douze heures après la sévère mise en garde du président de la République, Félix Tshisekedi, adressée aux responsables civils et militaires contre toute parole publique non maîtrisée, le ministre d’État, ministre de l’Agriculture et sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi, s’est illustré par une sortie médiatique hasardeuse sur les questions de défense et de sécurité nationales.
De passage sur une télévision de la place, ce lundi 5 janvier, il a présenté sous un mauvais jour les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ainsi que d’autres services de sécurité.
Lors de sa communication à la soixante-treizième réunion ordinaire du Conseil des ministres, vendredi 2 janvier 2026, le chef de l’État a rappelé que la parole publique engage la crédibilité et l’autorité morale de l’État, appelées à rassembler la Nation et à préserver durablement la cohésion nationale.
A ce titre, a-t-il décrété, toute prise de parole d’un responsable public doit être empreinte de retenue, de responsabilité et d’un sens élevé de l’intérêt supérieur de la République.
Approuvant les mesures prises à l’encontre du porte-parole des FARDC, auteur de propos jugés méprisants et stigmatisants à l’endroit de la communauté tutsie, le président de la République a ordonné aux membres du gouvernement, aux responsables civils et militaires, ainsi qu’à l’ensemble des acteurs de la communication publique, d’éviter toute sortie médiatique incontrôlée, notamment sur des sujets sensibles touchant à la défense nationale, à la sécurité, à la cohésion sociale et aux relations internationales.
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Pourtant présent lors de cette réunion du Conseil des ministres, le ministre de l’Agriculture et sécurité alimentaire a, trois jours plus tard, pris le contre-pied de ces directives présidentielles.
Invité sur le plateau de la chaîne Bosolo TV, Muhindo Nzangi s’est longuement exprimé sur la guerre dans l’Est — un domaine qui ne relève ni de près ni de loin de son portefeuille — se muant en expert des questions sécuritaires et stratégiques.
Usant d’un franc-parler déconcertant, il a notamment déclaré que « n’eût été le petit message de Marco Rubio {secrétaire d’État américain}, ils {les rebelles de l’AFC/M23 soutenus par l’armée rwandaise} seraient déjà à Kalemie ».
Plus grave, ce membre du gouvernement, autrefois présenté- à tort ou à raison-comme l’un des patrons des Wazalendo qui combattent aux côtés des FARDC contre l’AFC/M23 et l’armée rwandaise, s’est permis d’affirmer, le plus gravement du monde, que « je suis honnête de vous dire que sur la route Uvira-Kalemie il n’y a ait pas grand-chose ».
Judith Suminwa et le CSAC interpelés
Poursuivant sur le même registre, le ministre de l’Agriculture a également soutenu que la RDC a perdu « la bataille de l’information » face à la rébellion.
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Dans l’opinion, le malaise est profond. Une telle communication contribue-t-elle à « préserver la dignité des institutions et la confiance légitime des citoyens dans l’action publique », conformément à la volonté exprimée par le président de la République ? Dans le cas contraire, qu’attend la première ministre, Judith Suminwa, pour rappeler à l’ordre son ministre de l’Agriculture ? Doit-elle, pour ce faire, attendre une autorisation expresse du chef de l’État ? Autant de questions qui demeurent, pour l’instant, sans réponse.
Le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) est par ailleurs, appelé à interpeller utilement Bosolo TV pour avoir diffusé certains propos de nature à entamer la confiance de la population envers les institutions étatiques.
Pami Halele

