Sous la menace de sanctions internationales pour son soutien aux rebelles de l’AFC/M23 et la présence de troupes rwandaises sur le sol congolais, le président rwandais Paul Kagame a, une fois de plus, défié la communauté internationale. Non convié à la réunion ministérielle inaugurale sur les minéraux critiques, tenue le 4 février 2026 à Washington D.C. sous la présidence du secrétaire d’État américain Marco Rubio, rencontre au cours de laquelle la République démocratique du Congo occupait une place centrale, il a laissé éclater sa frustration.
S’exprimant à l’occasion de l’ouverture du dialogue national « Umushykirano », ce jeudi 5 février à Kigali, Paul Kagame a livré un discours empreint d’amertume.
Longtemps ménagé par certaines puissances occidentales, notamment les États-Unis, le dirigeant rwandais semble avoir perdu, ces derniers mois, son statut d’allié géostratégique incontournable.
Acculé de partout par les accusations persistantes sur la présence militaire rwandaise aux côtés des rebelles de l’AFC/M23, qui occupent une partie du territoire congolais, Paul Kagame a une nouvelle fois brandi le prétexte des FDLR pour justifier la guerre d’agression. Il a également rejeté les allégations, pourtant documentées par plusieurs rapports d’experts des Nations unies, faisant état d’une présence motivée par l’exploitation illégale des ressources naturelles de la RDC.
Le chef de l’Etat rwandais a ainsi affirmé que les « mesures défensives » de son pays « ne sont pas liées aux minéraux congolais », mais constituent, selon lui, une réponse à des menaces sécuritaires.
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Pendant ce temps, à Washington, les discussions organisées dans le cadre du « Project Vault », un programme de l’administration Trump visant à constituer une réserve stratégique américaine de minéraux critiques, notamment les terres rares, le cobalt et le lithium, accordaient une attention particulière à la RDC, représentée par le président Félix Tshisekedi. Une mise en avant que Kagame semble vivre comme une mise à l’écart.
« La communauté internationale traite Tshisekedi comme un enfant gâté », s’est-t-il plaint.
Le président rwandais a également soutenu que si le Rwanda exploitait réellement les minerais en RDC, son pays « serait cent fois plus riche » qu’il ne l’est aujourd’hui.
Ces déclarations ont suscité de vives réactions. Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), y voit l’essoufflement d’un discours longtemps entretenu par Kigali.
« Le mensonge du président Kagame est périmé. Il s’en prend à la communauté internationale à qui il a administré son mensonge pendant plusieurs années. Chaque chose a une fin », a écrit le défenseur des droits humains.
Jean Pérou Kabouira

