L’arrêté ministériel signé par la ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola, portant création, organisation et fonctionnement du Comité de suivi et de gestion du stock stratégique (CSGSS), fait jaser au sein de l’administration de ce ministère. Réunis en assemblée générale le 29 janvier dernier, les agents et cadres ont dénoncé une concentration des pouvoirs de décision, de contrôle et de certification financière entre les mains de la ministre. Ils ont sollicité l’implication de la première ministre pour la suspension de cet arrêté problématique.
Les syndicalistes des Hydrocarbures n’entendent pas croiser les mains face à ce qu’ils considèrent comme une volonté de s’octroyer des avantages indus. Ils accusent Acacia Bandubola de détourner mensuellement 720 000 dollars américains de la parafiscalité à travers l’« effort de reconstruction et stock stratégique ».
Officiellement, le CSGSS, dont l’arrêté de création daté du 29 octobre 2025 a été publié au Journal officiel, doit sécuriser 60 jours de stock et « stabiliser les prix » des produits pétroliers.

Mais pour les syndicats, cette structure concentre, en réalité, les pouvoirs de décision, de contrôle et de certification financière entre les mains des ministres. Une porte ouverte, selon eux, aux avantages indus.

Les organisations syndicales accusent la manœuvre : prélever 6 % sur la parafiscalité « Effort de reconstruction et stock stratégique » pour financer des « primes » parallèles aux ministres et aux membres de la commission. Un taux six fois supérieur au 1 % laissé au collecteur officiel.
D’après des informations recueillies auprès de sources internes, la taxe administrée par la Direction générale des douanes et accises (DGDA) rapporterait près de 12 millions de dollars par mois. La quote-part de 6 % appliquée à ce montant équivaut ainsi à 720 000 dollars mensuels. Une manne financière que Bandubola et le controversé Comité de suivi s’approprieraient indûment, dénoncent avec vigueur les représentants syndicaux.
À la suite de l’assemblée générale tenue fin janvier, dont les résolutions ont été officiellement transmises à la ministre le 30 janvier, la colère est montée d’un cran au sein de la délégation syndicale du ministère des Hydrocarbures. Celle-ci s’indigne ouvertement : « Malgré l’intégration du ministère et l’augmentation des recettes pétrolières, les agents et cadres ne perçoivent pas la prime de motivation issue de ces recettes, alors que le comité, composé de 16 membres, bénéficie d’un subside équivalent à 6 % de la parafiscalité “Effort de reconstruction et stock stratégique”. Il est inadmissible que l’Administration des Hydrocarbures, pilier indispensable, soit victime de telles injustices, en contradiction avec la vision du Président de la République ».
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Pour marquer leur farouche opposition face à ce qu’ils présentent comme « des détournements voilés des fonds publics », les syndicalistes menacent en coulisses d’aller en grève. Brandissant les numéros des comptes bancaires ouverts chez Solidaire Banque pour bien contrôler cette parafiscalité, ils lancent un cri de détresse à l’IGF et à l’APLC.
Il s’agit des comptes CDF/Zone Sud 00020 00010 33001402401-17 ; USD/Zone Sud 00020 00010 33001402402-14 ; CDF/Zone Sud domestique 00020 00010 3300140203-11 ; USD/Zone Sud domestique 00020 00010 33001402404-08 ; CDF/Zone Est Miniers 00020 00010 33001402405-05 ; USD/Zone Est Miniers 00020 00010 33001402406-02 ; CDF/Zone Est domestique 00020 00010 33001402407-96 et USD/Zone Est domestique 00020 00010 33001402408-93.
« Quel travail supplémentaire ce Comité de suivi accomplit-il que n’assurent pas déjà les administrations et les cabinets ministériels pour justifier de tels avantages ? », interrogent des experts de l’administration, évoquant une mainmise dangereuse sur la chaîne « collecte–certification–décision » et alertant sur les conflits d’intérêts potentiels.
« La même autorité conçoit les orientations, préside la coordination, valide les décisions et certifie les montants — une confusion des rôles qui sent le conflit d’intérêt et favorise le détournement », disent-ils.



Porte ouverte aux primes indues
En confiant conciliation et certification au CSGSS, l’arrêté Bandubola ferait du Comité de suivi une chambre de compensation de la parafiscalité. Sans garde-fous clairs sur les frais de fonctionnement et les rémunérations, le risque d’« avantages indus » est réel, préviennent les syndicats.



Pire : l’arrêté n’impose aucun audit indépendant. Aucune obligation d’audit tiers, ni de recours à la Cour des comptes, ni de publication proactive des PV mensuels.
« Quelle est la hauteur de la prime réservée à la ministre et à son collègue des Finances ? Combien gagnent les autres membres du Comité ? Qui les a désignés dans leurs services respectifs ? La “certification” interne ne remplace pas un contrôle externe », rappellent-ils.





Une structure redondante et coûteuse
Pour les syndicats en colère, les administrations des Hydrocarbures, des Finances et les cabinets ministériels détiennent déjà les prérogatives nécessaires. Le CSGSS ne ferait que créer un doublon payant destiné à alimenter des primes et à renforcer un appareil parallèle.
Concentration du pouvoir, opacité et risque de pénurie.
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Le stock stratégique est jugé indispensable. Toutefois, selon les syndicalistes et experts interrogés, l’option retenue présente de sérieuses failles : centralisation politique, absence d’audit externe, confusion des rôles et risque de dérives liées à des rémunérations opaques. « Tant que la lumière ne sera pas faite, chaque franc parafiscal détourné de sa finalité — garantir 60 jours de carburant — sera un jour de pénurie potentiel. Un comité stratégique ne doit pas devenir un guichet de primes », avertissent-ils, se disant prêts à aller jusqu’à la grève pour empêcher ce qu’ils considèrent comme un détournement systémique.
Junior Lomanga

