Symbole de la dépravation des mœurs et bastion du sexe à moindre coût, Pakadjuma a été démoli par l’Hôtel de ville de Kinshasa. À la suite du rasage des habitations de ce quartier érigé illégalement le long de la voie ferrée, dans la commune de Limete, l’exécutif provincial multiplie désormais les réunions afin de reloger de milliers de personnes qui se retrouvent sans abri. Une démarche qui interroge sur les capacités du gouverneur de la ville de Kinshasa, Daniel Bumba, à planifier et mener des actions de grande envergure sans tâtonnements.
Malgré la résistance des habitants, ayant abouti à des morts et des blessés ainsi qu’à plusieurs interpellations, un bulldozer de l’Hôtel de ville a marché sur Pakadjuma, détruisant tout sur son passage. Les occupants, dont des filles mineures qui se livraient au commerce du sexe facile dans l’indifférence totale de l’État, se retrouvent désormais à la rue, essentiellement le long de l’avenue des Poids lourds, où ils ont érigé des tentes de fortune à quelques mètres de la chaussée.

Après la démolition, trois principaux défis se posent au gouvernement provincial de Kinshasa : démontrer sa capacité à empêcher la réoccupation de Pakadjuma, reloger ses anciens occupants et aménager cet espace libéré afin d’éviter qu’il ne se transforme en terrain de chasse pour les criminels urbains.
Mise en place d’une commission mixte

A cet effet, sur instruction du gouverneur de Kinshasa, une commission mixte a été mise en place pour assurer la prise en charge des ménages affectés. Elle est constituée de membres du gouvernement provincial, de représentants de l’Office national des transports (Onatra), de la BSPE/BESK, de la Police nationale congolaise ainsi que de la 14ᵉ légion militaire.
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Lors de sa première réunion, tenue jeudi 12 février 2026, cette commission mixte a annoncé le lancement d’une opération d’identification et d’évacuation des occupants vers le site de Kinkole. Elle a indiqué que cette étape précédera celle de l’assainissement, de la sécurisation et de la réhabilitation de l’emprise ferroviaire libérée.
Gros souci : le site censé accueillir les ex-habitants de Pakadjuma ne serait pas encore réellement aménagé.
De quoi susciter l’inquiétude des observateurs qui, tenant compte de la lenteur caractéristique des autorités congolaises en général, et kinoises en particulier, dans l’exécution des travaux publics, se demandent pourquoi avoir privilégié la démolition de Pakadjuma avant l’aménagement du site de Kinkole.

D’aucuns estiment que le gouverneur de Kinshasa aurait pu commencer par penser au relogement des habitants avant de procéder à la démolition de Pakadjuma. Il en va de la crédibilité de son opération.
Qu’à cela ne tienne, la commission mixte porte désormais la lourde responsabilité de sauver la réputation de Daniel Bumba et de son gouvernement provincial.
Pami Halele
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