C’est la joie à Kinshasa et le grincement des dents à Kigali après l’annonce, lundi 2 mars 2026, des sanctions imposées aux Forces de défense rwandaises (RDF) ainsi qu’à quatre de leurs officiers supérieurs, en raison de leur soutien aux rebelles de l’AFC/M23. Ces mesures, assorties d’une injonction ferme exigeant le retrait immédiat des troupes rwandaises du territoire congolais, sont considérées par plusieurs experts comme un sérieux avertissement aux conséquences potentiellement dévastatrices pour le régime de Paul Kagame.
Longtemps présenté comme un « partenaire fiable des États-Unis », le Rwanda se retrouve désormais dans le viseur de Washington, en particulier du Département du Trésor américain, à travers l’Office of Foreign Assets Control (OFAC). Cette agence a sanctionné les RDF et quatre de leurs hauts responsables pour leur implication directe aux côtés de l’AFC/M23 dans les opérations militaires menées sur le territoire de la RDC.
Les quatre officiers visés à titre individuel sont Stanislas Gashugi, Ruki Karusisi, Mubarakh Muganga et Vincent Nyakarundi. Tous sont accusés d’avoir participé directement à la conduite des opérations militaires en territoire congolais.
Dans le communiqué annonçant ces sanctions, le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a déclaré : « Nous exigeons le retrait immédiat des troupes, des armes et des équipements des Forces de défense rwandaises (RDF). »
Ce que ces sanctions impliquent
Les mesures prises prévoient notamment le gel des avoirs détenus aux États-Unis, l’interdiction de toute transaction avec des citoyens ou des entreprises américaines, ainsi que des restrictions financières indirectes via le système bancaire international.
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Selon l’expert militaire belge d’origine congolaise Jean-Jacques Wondo, ces sanctions constituent une pression politique, diplomatique et financière sur les personnes et entités désignées afin de les contraindre à mettre fin à toute implication dans la déstabilisation de l’est de la RDC.
« Ces sanctions devraient produire avant tout un impact financier et logistique. Elles pourraient compliquer l’acquisition de certains équipements militaires, de pièces détachées ou de technologies d’origine occidentale. Elles risquent également d’entraîner des retards dans les paiements internationaux liés à la logistique, à la maintenance, aux assurances ou au transport, tout en accentuant la pression sur les circuits financiers mobilisés pour les opérations extérieures », a-t-il réagi à chaud.
Kinshasa jubile, Kigali sous pression
Dans un communiqué, le gouvernement congolais a salué ces sanctions, estimant qu’« elles constituent un signal clair en faveur du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo, de la justice ainsi que de la mise en œuvre effective des engagements souscrits dans le cadre des accords de Washington ».
Le document, signé par le ministre de la Communication et médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, rappelle que « la stabilisation durable de l’est de la RDC passe par la cessation de tout appui aux groupes armés, le respect strict de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États, ainsi que par l’observation des principes du droit international ».
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Du côté de Kigali, le ton semble avoir évolué. Alors que le président rwandais Paul Kagame minimisait encore récemment les menaces de sanctions, son gouvernement adopte désormais une posture plus conciliante après l’annonce des mesures américaines visant les RDF et quatre de ses officiers supérieurs.
« Le Rwanda reste pleinement engagé à procéder au désengagement de ses forces en tandem avec la mise en œuvre par la RDC de ses obligations », indique un communiqué publié tard dans la soirée du lundi 2 mars.
De Kinshasa à Kigali, en passant par Goma, chef-lieu du Nord-Kivu qui sert de fief aux leaders politiques et militaires de l’AFC/M23, une certitude s’impose : ces sanctions américaines constituent un choc majeur pour le système en place à Kigali.
Toutefois, pour nombre d’observateurs, l’escalade peut encore être évitée. La clé réside dans le respect des exigences formulées par Washington, à savoir le retrait effectif des troupes rwandaises du territoire congolais.
Junior Lomanga
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