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Justice transitionnelle en RDC: Le double jeu de l’Union Européenne

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C’est la désillusion pour tous les congolais qui comptaient sur le soutien de l’Union Européenne dans la quête de la mise en place des mécanismes judiciaires et extra judiciaires de la justice transitionnelle au pays. Pour cause, alors qu’ils soutenaient cette démarche, les ambassadeurs européens accrédités à Kinshasa, avec à leur tête l’Ambassadeur de l’Union Européenne auprès de la République Démocratique du Congo, Jean-Marc Châtaigner, ont déroulé le tapis rouge a Tommy Tambwe, nouveau coordonateur national du Programme de Démobilisation, Désarmement, Relèvement Communautaire et Stabilisation (DDRCS) dont la nomination a suscité la colère des activistes des droits de l’Homme à cause de son passé d’ancien chef de guerre.

Un ancien chef rebelle nommé Coordonnateur national de la structure chargée de concevoir une stratégie globale de stabilisation et de prévention des conflits, beaucoup d’activistes des droits humains n’en reviennent pas! Et, ce n’est pas la rencontre du jeudi 2 septembre 2021 entre Tommy Tambwe parce que c’est de lui qu’il s’agit, avec les ambassadeurs européens en RDC qui pourra être facile à accepter.

Dans sa nouvelle peau de l’agneau, l’Ours d’hier, qui a notamment été Vice-gouverneur du Sud-Kivu sous la rébellion du RCD-Goma et combattu dans l’Est du pays dans les rangs du M23 a reçu le soutien des ambassadeurs européens.

La nomination de Tommy Tambwe toujours mal digérée par des activistes des droits humains

L’ambassadeur de l’Union européenne auprès de la RDC a reconnu que « la réussite du DDCRS reposera nécessairement sur l’adhésion de la population à sa mise en oeuvre, l’engagement politique au plus haut niveau des autorités nationales, la confiance et le soutien des partenaires internationaux de la RDC ».

Gros soucis: le coordonnateur national du programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation peut certes compter sur le soutien des partenaires, mais il devra attendre pour bénéficier de l’adhésion de la population, du moins en ce qui concerne les défenseurs des droits humains.

Ces derniers, à l’instar du célèbre gynécologue Dr Denis Mukwege, insistent sur le fait que la place des criminels n’est pas dans les institutions de la République, mais plutôt devant les instances judiciaires.

Le Prix Nobel de la Paix 2018 estime que s’il existe une réelle volonté politique d’éradiquer les groupes armés et de relever les communautés affectées par les exactions des milices, il y a des hommes et des femmes qui ne se sont pas salis les mains avec du sang, sur qui on peut compter.

Après la nomination de Tommy Tambwe, Dr Denis Mukwege était monté au créneau pour demander aux autorités compétentes de « rompre avec les politiques visant à accorder des promotions à ceux qui devraient répondre de leurs actes devant la justice ».

Des mois avant la nomination contestée du nouveau Coordonnateur National de DDRCS, le Docteur Denis Mukwege s’est fait l’évangéliste de la mise en place des mécanismes judiciaires et extra judiciaires de la justice transitionnelle en RDC. A cet effet, il avait invité, en décembre 2020, le Conseil de sécurité des Nations Unies de prendre en compte cette question.

Cet activiste de droits humains avait soumis la même demande au Président de la République, Félix Tshisekedi Tshilombo, lors des consultations nationales.

Dans son combat pour l’instauration d’une justice transitionnelle, « l’homme qui répare les femmes » a bénéficié du soutien moral des ambassadeurs de l’Union européenne en RDC, comme en témoigne ces images souvenirs de leur rencontre, en mars 2020.

Une année et demi plus tard, la rencontre entre Jean-Marc Châtaigner et les ambassadeurs européens accrédités à Kinshasa avec Tommy Tambwe a suscité l’indignation de certains congolais, qui lui ont exprimé leur désolation sur Twitter. C’est le cas de Platini T., qui lui a demandé « comment pourrions nous mettre en place celle-ci {ndlr justice transitionnelle} aussi longtemps que les conflits et les violences continuent à l’Est »

En réponse, Jean-Marc Châtaigner a écrit ce qui suit: « Je pense en fait que nous sommes d’accord que la priorité doit aller, où cela est possible, vers la réintégration, vers la réintégration civile et communautaire. Je rappellais pour nous ce qui est la ligne rouge: pas d’intégration dans l’armée de personnes coupables de crimes ».

Pour calmer les esprits, l’ambassadeur de l’Union européenne en RDC a ajouté un autre message sur Twitter. Cette fois-ci, il a écrit que « pour l’UE, il est important que le DDCRS intègre un fort lien avec la stratégie de justice transitionnelle en préparation au ministère de la justice ( et qu’en particulier, il n’y ait pas d’aministie des auteurs de crimes graves ou d’intégration automatiques dans l’armée ».

Pour rappel, le programme de DDRSC est née de la fusion du programme national de désarmement démobilisation, réinsertion en République Démocratique du Congo (PD-DDR) et du Programme de stabilisation et reconstruction des zones sortant des conflits armés (STAREC). Il s’inscrit dans une stratégie globale de stabilisation et de prévention des conflits en priorisant le renforcement du développement économique et social ainsi que la sécurité à long terme.

La nomination d’un ancien rebelle à sa tête est une tâche noire dont cette structure rattachée à la présidence de la République a du mal à se débarrasser.

Jean Pérou Kabouira

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