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Diocèse de Tshumbe/Sankuru : L’évêque Nicolas Djomo brise la frontière entre le sacré et le profane

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C’est la panique générale dans le diocèse catholique de Tshumbe, dans la province du Sankuru. A la tête de cette juridiction épiscopale depuis 1997 comme évêque, Mgr Nicolas Djomo Lola n’en finit plus de faire parler de lui en mal. A 76 ans d’âge et largement au-delà de la retraite canonique, il est accusé d’avoir littéralement écarté de la course à sa succession tous les potentiels prétendants. Sa stratégie a été mise à nue par des prêtres, religieuses et autres chrétiens qui ont accepté de témoigner, sous couvert d’anonymat,  dans une enquête  menée par un groupe des journalistes dont un envoyé spécial d’Alternance.CD. Voici un avant-goût de cette enquête qui en dit long sur le bilan de  23 ans de cet homme controversé.

Quand on évoque son nom à Lodja, principale agglomération de la pauvre province du Sankuru, beaucoup se disent « gênés et scandalisés »  par son activisme politique et l’accusent de favoriser des prêtres originaires de son territoire natal de Katako-Kombe. 

Pour en savoir plus, notre envoyé spécial est allé à la rencontre de deux prêtres qui ont préféré garder l’anonymat. L’un a pris la défense de Mgr Nicolas Djomo qu’il a décrit comme « un bon père impartial » mais qui, comme tout homme, « peut avoir de sentiments et de faiblesses ». Ce sont justement ces « sentiments » qu’un autre fustige, évoquant notamment l’animosité que Mgr Nicolas Djomo aurait développée à l’égard « d’un groupe de prêtres » qui supporteraient mal certains de ses actes. La discussion a pris une allure plus politique quand, un de nos deux interlocuteurs a évoqué le soutien que l’évêque de Tshumbe aurait apporté à la candidature de l’actuel Gouverneur du Sankuru, qui d’après lui, « s’est montré nul dans tous les domaines » une fois élu.

Un père qui bouffe ses propres protégés

Selon les us et coutumes cléricales, un évêque qui atteint soixante-quinze ans d’âge envoie sa lettre de démission au Saint Père afin de lui permettre de le remplacer dans un délai à sa convenance. Certes, certains prélats peuvent voir leur bail être prolongé de quelques années. Mgr Nicolas Djomo a respecté cette procédure et attend que le Vatican nomme un nouvel évêque. Là n’est pas le problème étant donné que la dernière décision revient au Pape.

Mais, ce qui attriste plusieurs observateurs, c’est que l’évêque de Tshumbe ne jouerait pas franc jeu tant avec le Vatican qu’avec les prêtres de son propre diocèse. En effet,  nos sources renseignent qu’à l’approche de sa retraite et depuis ses 75 ans, il avait pris et prend en affection, comme ce fut le cas pour lui par feu Mgr.Albert Yungu, quelques prêtres qui étaient présentés comme préparés pour assurer sa succession. « Jusqu’à présent, il continue à prendre en affection des prêtres. Mais, force est de constater qu’il finit par monter des stratagèmes indignes d’un homme de Dieu pour les éliminer de la course à sa succession », explique une religieuse rencontrée à Okitodimba, village  situé à 45 Km de Tshumbe et dont est originaire un des prêtres vicaires qui, récemment élevé, fait face à la justice dans une affaire de spoliation d’une parcelle dans l’indifférence totale de Mgr Nicolas Djomo.

Diabolisation de ses potentiels successeurs

Plus grave, l’ancien Président de la CENCO est accusé d’avoir lancé dans la cité de Tshumbe(siège du diocèse), une vaste campagne de diabolisation contre des prêtres qui étaient jusque-là considérés comme ses protégés. Les accusations étant graves, la parole est à la défense. « Ce sont des fausses accusations. Chaque prêtre sait ce qu’il doit faire et quand il dévie, il s’expose à des sanctions prévues dans le droit canon », s’est contenté de justifier une sœur rencontrée à Djalo.

Malheureusement, il y a des cas flagrants qui contredisent la défense de Mgr Nicolas Djomo. Il s’agit entre autres de l’abbé Crispin Kieka, qui a été accusé de viol et rapidement déchargé de toutes les charges pastorales avant d’être blanchi par la justice. Il vit depuis sans charges pastorales.

Le plus récent est celui de l’abbé André Olongo, qui vient d’être déchargé de toutes les charges pastorales par l’évêque Nicolas Djomo, « sans être entendu » suite à des accusations de rapports sexuels avec une femme. Selon des sources judiciaires et religieuses, le scandale aurait été déclenché par une certaine sœur Ekumu, originaire de Okidi Wa Lomami comme l’évêque Djomo, responsable d’une congrégation fictive mais protégée par Mgr Djomo.

Tout serait parti de la mésentente entre cette sœur et l’abbé André Olongo, Curé de la paroisse Wimbe Saint Pierre. « Des villageois ont attrapé une aspirante à flagrant délit de prostitution  avec un homme du village.  Après avoir appris la triste nouvelle, et mécontente de l’implication du curé André Olongo pour préserver l’image de clergés de Tshumbe,  la Soeur Ekumu a convaincu  l’Abbé Jean-Pierre Okombo, candidat épiscopal aussi bien que son collègue André Olongo, pour profiter de cette affaire afin d’éliminer un concurrent », révèle un prêtre qui jure qu’il est prêt à témoigner contre la sœur Ekumu.

Comme on pouvait s’y attendre dans ce genre de circonstance, le scandale sexuel a été mis sur le dos de l’abbé André Olongo. Ce dernier a été rapidement déchargé de toutes les charges pastorales par l’évêque Nicolas Djomo, « sans être entendu sur les accusations portées contre lui », selon une source interne.

Clamant son innocence, ce prêtre a déposé une plainte contre  la famille de la prétendue violée au parquet de Lodja. Et, aux dernières nouvelles, l’évêque Djomo aurait appelé lui-même le Procureur de cette juridiction pour lui demander de patienter, le temps pour lui de gérer le dossier.

Cette intervention inquiète un prêtre du diocèse voisin de Kole. Ce dernier a expliqué que Mgr Nicolas Djomo a violé les  prescrits du droit canonique,  qui prévoit qu’en cas d’un acte  ostentatoire,  une phase d’enquête préliminaire devrait être initiée pour respecter le droit à se faire entendre  (« droit de défense canon 1720, 1° » Directives de la CENCO, n°57 et 42) et le respect des droits de la défense canons 1598, 1720 et 1725.

En face, on soutient que la suspension de l’abbé André Olongo de toutes les charges pastorales n’est que « provisoire ».

Junior Lomanga/envoyé spécial

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