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RDC : La relance de la production du café toujours oubliée

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Jadis prospère, la production de café s’est presque totalement écroulée en République Démocratique du Congo. L’exportation du cacao-blé du pays est passée  de 120 000 tonnes par an en 1970 à 11 000 tonnes à ce jour. Le déséquilibre de la  répartition de la valeur au sein de la chaîne de valeur, le déficit de politique de revalorisation de la filière cafetière au niveau national et l’instabilité dans les provinces peuvent expliquer cette situation.

Selon un rapport réalisé par la plate-forme de vente et d’achat de produits alimentaires et agricoles d’Afrique, Sélina Wamucii, les prix payés aux caféiculteurs des pays africains sont plus bas que ceux des autres pays du monde. Ce rapport intitulé « la misère à la ferme : Les producteurs de café africains perdent des milliards à cause de l’exploitation » indique que  pour l’Arabica, le prix du café Brazil Naturals est passé de 37,61 TTP1T entre 2000 et 2018 au Brésil, alors que le taux pour le même café en Éthiopie n’était que de 25,31 TTP1T. « Les différences entre les prix à la production sont restées globalement les mêmes au cours des 20 dernières années, c’est-à-dire que le café Arabica est toujours moins cher en Afrique », fait remarquer le rapport.

Pour l’Arabica, le prix moyen au producteur en Afrique est de 70,4 cents la livre mais de 96,5 cents pour l’Amérique latine et de 110,1 cents pour l’Inde. Pour le Robusta, le prix moyen en Afrique est de 58,4 cents la livre contre 78,5 cents en Amérique latine et 67,4 cents en Inde.

En République Démocratique du Congo, la journée du 1er octobre dédiée au café n’a plus presque pas d’importance depuis plusieurs années, même si les différents ministres qui se sont succédés au Ministère de l’Economie et à celui de l’Agriculture n’ont de cessé clamé qu’ils vont relancer la production du café.  L’année dernière, le ministre de l’Agriculture,  Jean Joseph Kasonga Mukuta, s’est contenté d’annoncer que  la RDC ambitionne de renouer avec une exportation annuelle de 120.000 tonnes de café. 

Les données obtenues des sources officielles renseignent que la production du café a chuté de 10% en RDC au cours de trente dernières années. « Dans la pratique, ces chiffre sont plus inquiétants et peuvent se situer entre 40 et 60% », croit savoir Giscard Kupane, ancien producteur du café aujourd’hui à la retraite. Rencontré dans une somptueuse demeure située au quartier Kinkole dans la commune de la N’sele à Kinshasa,  il épingle entre autres difficultés qui bloque le commerce du café, « l’insécurité dans les zones de production agricole, l’exportation illégale des produits vers des pays voisins et l’absence d’une politique économique bien définie ».

Une législature peu connue et non appliquée

Pour Gilbert Makelele, Président du Conseil d’administration des réseaux de coopératives de producteurs de café de la RDC, la baisse de la production de café s’explique, « d’abord par la chute brutale du prix sur le marché international ; ensuite, la politique de zaïrianisation qui a fait fuir les investisseurs sans que des mesures d’accompagnement aient été prises ; également, l’instabilité politique en RDC ; enfin, l’absence de politiques de soutien de la filière ».

Au plan législatif, le pays est doté d’une loi agricole qui, souffre malheureusement d’application malgré sa promulgation le 24 décembre 2011. Sensée entrée en vigueur en juin 2012, la plupart de ses dispositions ne sont ni connues ni appliquées.

A ce stade, les opérateurs économiques œuvrant dans  le secteur du café interpellent l’Assemblée nationale à faire le suivi de la mise en œuvre effective de cette loi par le gouvernement de la République.

Pour rappel, la dernière année durant laquelle les recettes du café ont été comptabilisées dans le budget de l’Etat, c’est 2015. Cette année-là,  les recettes provenant du café se chiffraient à un peu plus de  170 millions de FC soit environ 200.000 dollars américains. Or, il y a cinquante ans, la contribution du café au budget national envoisinait 35%.

Junior Lomanga

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