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Territoriale : Maniema et Lualaba, deux épines dans le pied de la démocratie en RDC

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Avec la suspension par le Conseil d’État, de l’élection des Gouverneur et Vice -Gouverneur du Maniema prévue ce mardi 18 octobre 2022, cette province s’enfonce davantage dans une crise politique sans précédent. Elle rejoint le Lualaba dans le cercle très fermé des provinces à problème, qui défient la démocratie et l’Etat de droit prôné par le Chef de l’État Félix Tshisekedi Tshilombo.

Ne faisant pas partie des candidats considérés comme favoris, le gouverneur ai du Maniema, Afani Idrissa, est sans doute content de la suspension de l’élection des Gouverneur et Vice-gouverneur. Il l’était aussi lors de l’annulation par le Conseil d’État des résultats de celle du 31 mai dernier à l’issue de laquelle il avait obtenu trois petites voix sur 22 votants.

A l’époque, la plus haute Cour administrative de la RDC avait motivé sa décision par les irrégularités dénoncées par trois candidats malheureux. Cette fois-ci, elle a justifié la suspension de l’organisation de ce scrutin décidée par l’ordonnance n°ROR 509 du 14 octobre 2022 par « l’irrégularité » dans la publication du calendrier électoral par la CENI, évoquée par le candidat Aruna Ndarabu.

Les jouisseurs jubilent

Sur le terrain, des analystes politiques et la population parlent ouvertement d’une entorse à la démocratie.

Ceux qui sont de cet avis soutiennent que la CENI aurait pu éviter une telle irrégularité s’il y en avait, au regard de son expérience en matière d’organisation des élections des gouverneurs et vice-gouverneurs de provinces.

Certains voient derrière la décision du Conseil d’État, entérinée par la CENI, un prétexte pour maintenir le Gouverneur ai UDPS, Afani Idrissa Mangala, aux affaires pour besoin de la cause.

Pour rappel, lors du scrutin du 6 mai dernier, Hubert Kishabongo et son colistier, Bernard Chuma ont été élus respectivement Gouverneur et Vice-gouverneur, avec 18 voix contre 3 pour le Gouverneur ai et son colistier Kibuka Kachelewa Christophe.

On y voit le triomphe de l’anarchie, sachant que c’est la troisième fois en cinq ans, que le Maniema voit Kinshasa annuler le résultat ou l’organisation d’une élection de son gouverneur et vice-gouverneur.

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Pour de jouisseurs qui trouveraient leur compte dans la crise politique qui sévit au Maniema, en revanche, c’est une excellente nouvelle et une occasion de se partager les dividendes tant politiques que financières qui en découlent.

Nommer des Commissaires Généraux ou organiser des élections

Par ailleurs, des analystes comparent la situation du Maniema avec celle du Lualaba et déduisent que ces deux provinces seraient prises en otage par des affairistes de la Fatshispherè.

En effet, il est à ce jour difficile même pour les meilleurs juristes du pays, de justifier le maintient au poste de Gouverneur ai du Maniema, de Fifi Masuka, étant donné que la Cour Constitutionnelle, siégeant en matière d’inconstitutionnalité a, dans son arrêt rendu le 30 novembre 2021, déclaré recevable et non fondée la requête introduite par l’ex Gouverneur de province, Richard Muyej, après sa destitution par l’Assemblée provinciale le 10 septembre 2021. Logiquement, la CENI doit organiser une élection.

Face à cette situation qui constitue une sorte de fissure dans la fondation de l’État de droit en construction en RDC, il n’y a pas d’autres solutions que les deux suivantes pour le Chef de l’État.

Premièrement, nommer comme à l’époque de son prédécesseur Joseph Kabila, des Commissaires spéciaux au Maniema et au Lualaba.

Deuxièmement et enfin, instruire la CENI de fixer, en toute responsabilité et transparence, de dates pour les élections des gouverneurs et vice-gouverneurs dans ces deux provinces problématiques.

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Un cadre de l’UDPS estime que même si on remplace Afani Idrissa et Fifi Masuka, le parti présidentiel et le Chef de l’Etat ne vont pas perdre leur encrage au Maniema et au Lualaba.

« Considéré comme proche de l’UDPS, fait-il observer, l’ex -Gouverneur du Sankuru, Joseph Stéphane Mukumadi a été destitué et depuis, on n’a pas entendu que l’UDPS serait en difficulté au Sankuru ».

Jean Perou Kabouira

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