Home Politique LA FEMME CONGOLAISE D’AUJOURD’HUI : DÉCONSTRUIRE LES SCHÈMES AVILISSANTS (Tribune de Lambert Mende)

LA FEMME CONGOLAISE D’AUJOURD’HUI : DÉCONSTRUIRE LES SCHÈMES AVILISSANTS (Tribune de Lambert Mende)

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Tribune

L’humanité entre dans une ère nouvelle avec la pandémie à Covid-19 qui a remis en cause beaucoup de certitudes dans les relations humaines et démontré les limites de plusieurs théories et règles que l’on croyait gravées dans le marbre.

La consécration du mois de mars à la femme qui en sort brouillée est en plus perturbée par la résurgence de la guerre froide entre la Russie et l’OTAN qui s’empoignent en Ukraine.

Certes, cette guerre en Europe n’est pas une guerre mondiale. Mais nous constatons qu’elle occupe presque tout l’espace des médias que nous regardons et écoutons, au point de reléguer à la portion congrue les thématiques des droits de la femme qui nous intéressent au mois de mars de chaque année.

Nous, lumumbistes, restons accrochés à l’idée que l’émergence et le développement d’une nation dépendent de sa capacité à puiser dans ses propres ressorts culturels les leviers de l’amélioration de sa destinée. C’est la raison pour laquelle en dépit de ces turbulences internationales, nous avons tenu à avoir ce moment intime d’introspection à ce sujet brûlant des droits de la femme.

Le thème international fixé par ONU-Femmes pour 2022 est « égalité aujourd’hui pour un avenir durable », et le thème national choisi par notre gouvernement est « promotion de l’autonomisation des femmes et des filles dans le contexte de lutte contre le changement climatique et réduction des risques de catastrophes ». Au-delà de ces deux thèmes, la CCU, notre parti, se propose de rechercher dans nos valeurs intrinsèques la trame de quelques initiatives favorables au plein épanouissement de la femme en RDC. Car nous croyons que face à la décadence des certitudes dans lesquelles il a été forcé de vivre jusqu’à présent malgré l’indépendance, notre peuple se doit d’explorer des horizons innovants susceptibles d’habiliter pleinement la femme congolaise.

Cela implique de notre part un effort soutenu de déconstruction des dogmes dans lesquels nous nous embourbons habituellement.

1. PLACE DE LA FEMME DANS NOS TRADITIONS

Dans nos traditions séculaires, bien avant que la bien-pensance néocoloniale et impérialiste ne vienne nous égarer dans la déshérence actuelle, la femme a toujours été un sujet de droit disposant des moyens de participer de manière responsable à la définition de la situation sociale et des priorités de l’action communautaire.

Signalons que les traditions patriarcales de l’Asie mineure, berceau de la civilisation judéo-chrétienne faisaient de la femme une auxiliaire de l’homme. L’allégorie de la côte d’Adam d’où le Créateur a façonné Eve la première femme illustre bien ce rôle périphérique de la femme qui est demeuré constant jusqu’à la naissance du mouvement féministe en Europe. En France par exemple, le droit de vote n’a été concédé pour la première fois aux femmes que par l’Ordonnance du 21 avril 1944 du gouvernement provisoire de la France libre du général Charles De Gaulle et les Françaises n’ont pu exercer ce droit que lors  des élections municipales d’avril 1945. C’est donc très tardivement que ce pays prétendument des droits humains, est devenue une nation des droits de la femme. A cause peut-être de leur longue relégation au second plan, beaucoup de ces femmes se sont lancées à corps perdu dans des mouvements dont le leitmotiv semble être de se confondre carrément au genre masculin par des déviations comme le lesbianisme ou l’indifférenciation sexuelle, privant leurs sociétés des incommensurables apports spécifiques de la gent féminine. On peut regretter que cette conception galvaudée du concept du genre plombe la plupart des instruments internationaux sur les droits de la femme.

Par contre, en Afrique en général et au Congo en particulier, au-delà des lignages patrilinéaire et matrilinéaire de nos sociétés respectives, l’apport de la femme dans l’édification du tissu social n’a jamais été minoré, loin s’en faut. Le clivage entre sexe dominant et sexe dominé existait certes mais il était largement compensé par la reconnaissance de la sacralité de la femme comme source de la vie et chaîne de transmission des traditions et des valeurs sociétales.

Je ne résiste pas à la tentation de partager avec vous ces huit axiomes qu’un internaute anonyme a affiché sur son site :

1. La première chambre d’une personne, c’est le ventre de la maman;

2. Le premier restaurant, c’est la poitrine de la maman;

3. La première salle de bain ce sont les genoux de la maman;

4. La première voiture, c’est le dos de la maman;

5. La première école d’apprentissage, c’est la cuisine de la maman;

6. Le premier médecin, c’est la maman;

7. Le premier thermomètre c’est la main de la maman;

8. Le premier conseiller particulier, c’est la maman;

Ces huit axiomes en disent long sur la vénération dont la femme est l’objet ici, n’en déplaise aux adeptes de l’afro-pessimisme et du Congo-bashing. Sur cette base, bien que beaucoup reste à faire dans l’intégration de la femme dans les institutions publiques, nul besoin d’une révolution copernicienne à cet effet. Respectée, révérée, vénérée, honorée et parfois redoutée, les revendications légitimes de la femme congolaise doivent être concrètement prises en compte à cet égard et nous entendons nous y atteler avec toute notre énergie.

2. POUR UNE IDENTITÉ FÉMININE DÉCOMPLEXÉE

N’ayant pas les mêmes problèmes que les femmes de l’hémisphère Nord, les congolaises ne devraient pas se laisser ligoter dans les lieux communs du féminisme version occidentale. Nous soutenons leurs revendications en faveur de leurs droits car nous reconnaissons que la communauté nationale ne s’est pas toujours montrée suffisamment attentive à ces revendications. Sans vouloir devenir le clone d’un être masculin, c’est en tant que femmes qu’elle se distingue en politique, dans le sport, la culture, la science, les affaires, l’agriculture, l’éducation, etc.

Malgré le brassage culturel que nous avons vécu notamment avec l’islamisation, puis la christianisation, la femme sous nos tropiques a su raison garder. Dans notre pays, il y a longtemps que l’excellence se conjugue au féminin dans plusieurs domaines comme la science, le journalisme, la politique et le business. Les désastres intermittents de l’économie nationale héritée de la colonisation a fait de la femme congolaise le principal rempart de la vie sociale. Qu’il s’agisse de l’agriculture ou du commerce, elle s’est distinguée dans la recherche des solutions pratiques aux crises multiformes qui assaillent la société. Aujourd’hui, l’économie dans notre pays est tenue à 70% par les femmes, même si du fait des idées reçues, l’on ne voit les choses qu’à travers les œillères de la comptabilité occidentale formelle. Ces braves femmes qui nourrissent quotidiennement leurs foyers grâce à leur résilience et leur génie sont ainsi qualifiées à tort de « dépendantes » d’hommes qui, paradoxalement, dépendent pour la plupart d’elles pour vivre ou survivre.

D’où notre appel pathétique au gouvernement pour activer le processus de formalisation des activités informelles pour donner de la visibilité au rôle central de la femme dans la production économique.

3. Des lacunes à combler dans la législation nationale

Au plan de la législation, nous estimons que les filles ou les femmes victimes de violences sexuelles ou devraient être exemptées du paiement des frais de justice lorsqu’elles décident d’ester en justice contre les auteurs de telles violences. La loi congolaise devrait également prévoir des mesures de facilitation et de protection particulière en faveur des veuves et des orphelins qui sont souvent harcelés par des proches de leurs défunts maris et parents décidés à faire main basse sur les biens de ces derniers.

Dans le même sens, pour donner une chance réelle au décollage de la RDC, il importe de rehausser représentation de la femme dans les institutions publiques en général.

Il nous revient à tous et à chacun, en nos qualités respectives de citoyens, penseurs ou législateurs au sein de l’Union sacrée de la nation, de faire évoluer ces aspects de nos pratiques, traditions, us et coutumes qui font souvent même du pouvoir coutumier une chasse gardée pour la gent masculine que certains estiment fallacieusement plus apte à prendre les risques inhérents à l’exercice des responsabilités publiques.

Dieu merci, à voir le nombre de plus en plus accru de filles et de femmes qui accèdent au sommet du pouvoir traditionnel à travers le pays, l’espoir semble permis.

CONCLUSION

La femme congolaise, de plus en plus décomplexée et lucide est un maillon essentiel de l’émergence de notre pays. Elle est capable de participer utilement au devenir et à l’avenir du pays sur pied de sa spécificité particulière. C’est une réalité immanente, infuse, que l’élite féminine doit désormais rendre diffuse, transcendante, voire transcendantale. Pour cela, elle doit rompre avec la posture victimaire qui la pousse à quémander une place qui lui revient de droit dans des entités elle fait pourtant partie intégrante. Lorsque les Congolaises assumeront effectivement l’égalité en droit que la Constitution et les droits de la République leur reconnaissent, la quête des quotas de représentativité pour les femmes congolaises dans l’espace public deviendra caduque.

Plaise au ciel que de plus en plus de femmes font preuve de leur détermination à prendre en mains le destin de leur société, sans se laisser décourager outre-mesure par la condescendance rétrograde de certains de leurs concitoyens.

Puisse cette détermination ne jamais les quitter !

Que Dieu protège la République Démocratique du Congo

Je vous remercie !

Kinshasa, mars 2022

Lambert MENDE OMALANGA

Initiateur de la CCU